INTERNATIONAL ASSOCIATION
OF YOUTH AND FAMILY JUDGES AND MAGISTRATES
ASSOCIATION INTERNATIONALE
DES MAGISTRATS DE LA JEUNESSE ET DE LA FAMILLE
ASOCIACION INTERNACIONAL DE
MAGISTRADOS DE LA JUVENTUD Y DE LA FAMILIA
CHRONICLE
CHRONIQUE
CRÓNICA
Bord Editorial: Dr Willie McCarney (Irlande), Rédacteur en Chef; Juge Oscar D'Amours (Canada);
Juge
Jacob van der Goes (Pays-Bas); Juge
Gabriela Ureta (Chili); Atilio Alvarez (Argentine); Mónica Vazquez Larsson (Argentine); Prof. Jean
Trépanier (Canada). Secrétaire Général: Corinne
Dettmeyer-Vermeulen, Mesdagstraat 63, 2569 XV, Den Haag, Pays-Bas
ÉDITORIAL
LE DROIT À L'ÉDUCATION
UN DROIT HUMAIN FONDAMENTAL
Là où le droit à l'éducation est garanti,
l'accès à d'autres droits et la jouissance de
ceux-ci sont améliorés.
Chers Collègues,
Le XVII Congrès Mondial de l'Association Internationale des Magistrats
de la Jeunesse et de la Famille aura lieu à Belfast, Irlande du Nord, le 27
août à 2 septembre 2006. Le thème sera "À la poursuite de la justice: où en
sommes-nous?" et prendra
en considération la mesure dans laquelle les droits de l'enfant sont protégés
et/ou promus par les instruments internationaux. Les conférenciers traiteront
l'application effective des instruments internationaux essentiels dans les
divers pays du monde et les conséquences en cas de non-application.
Pour vous donner une idée de mes pensées sur des manières possibles de
traiter ces thèmes, je prends comme exemple le droit à l'éducation. L'éducation
est la clé pour prendre sa vie en main. C'est la voie principale par laquelle
les adultes et les enfants socialement marginalisés peuvent se faire sortir de
la pauvreté et obtenir les moyens de participer pleinement au sein de leurs
communautés. Les échecs du système d'instruction publique est à la base d'une
bonne partie du comportement délictueux qui entraîne des enfants et des jeunes
en conflit avec leur communautés et finalement devant nos tribunaux.
Il se peut que certains collègues pensent que le droit à
l'éducation n'est pas un droit aussi étroitement lié à votre pratique
quotidienne que, par exemple, les garanties procédurales, la liberté, la
détention, les alternatives à l'emprisonnement, le choix de mesures, etc. C'est
notre intention, pendant le Congrès, d'examiner de près ces droits qui font
partie des affaires quotidiennes des Tribunaux pour Mineurs et des Tribunaux de
la Famille. En même temps, j'aimerais attirer votre attention sur la manière
dont le droit à l'éducation a un impact sur la pratique quotidienne des
tribunaux pour mineurs. On pourrait considérer l'impact d'une mise en détention
préventive sur un jeune qui éprouve des difficultés à l'école et pour qui deux
ou trois semaines d'absence pourrait représenter la différence entre la
réussite et l'échec de l'année scolaire. N'est-ce pas vrai que le droit à
l'éducation a un impact sur notre décision d'enfermer ce jeune?
Malheureusement, dans trop d'institutions, les prestations éducatives sont soit
complètement inexistantes, soit de qualité médiocre. Le droit à l'éducation ne
devrait-il pas jouer un rôle central dans notre choix de mesure?
Pour cette raison, le thème de mon éditorial sera le droit de tous à
l'éducation et les conséquences potentielles si le Plan d'Action de Dakar n'est
pas mis en œuvre. J'espère que vous le trouverez intéressant et utile.
Willie McCarney, Président
Le Droit à l'Éducation est un droit humain fondamental, qui figure dans
la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et dans des accords
internationaux divers sur les droits humains avec force de droit international.
Ce droit occupe une place centrale et s'avère fondamental et indispensable pour
l'exercice de tous les autres droits humains, ainsi que pour le développement.
L'éducation est la clé pour prendre sa vie en main. C'est la voie principale
par laquelle les adultes et les enfants socialement marginalisés peuvent sortir
de la pauvreté et obtenir les moyens de participer pleinement au sein de leurs
communautés. Aucun des droits civils, politiques, économiques ou sociaux ne
peuvent être exercés par les individus s'ils n'ont pas reçu un certain niveau
minimum d'instruction.
Parmi les instruments des Nations Unies, il existe de nombreux
instruments qui établissent des standards relatifs au droit à l'éducation, qui
vont de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme elle-même à des
différentes conventions, déclarations, recommandations, structures et
programmes d'action, qui ont pour but d'assurer la mise en œuvre de la
Convention ou de ses aspects particuliers.
Les dimensions spécifiques du droit à l'éducation sont couverts
notamment par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et
culturels (1966), la Convention sur les Droits de l'Enfant (1989), la
Convention sur l'Élimination de Toute Forme de Discrimination à l'égard des
Femmes (1979).
Une autre traité, la Convention sur
l'Élimination de Toutes les Formes de Discrimination Raciale (1965) oblige les
États Parties à éliminer "la discrimination raciale sous toutes ses
formes" à l'égard du "droit à l'éducation et à la formation",
parmi plusieurs autres droits.
L'article 13 du Pacte international relatif aux
droits économiques, sociaux et culturels a été interprété comme un des articles
les plus exhaustifs sur le droit à l'éducation. Le paragraphe 13.1 est le plus
pertinent dans ce contexte particulier:
1. Les États parties au présent Pacte
reconnaissent le droit de toute personne à l'éducation. Ils conviennent que
l'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et du
sens de sa dignité et renforcer le respect des droits de l'homme et des
libertés fondamentales. Ils conviennent en outre que l'éducation doit mettre
toute personne en mesure de jouer un rôle utile dans une société libre,
favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations
et tous les groupes raciaux, ethniques ou religieux et encourager le
développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
Depuis l'adoption du Pacte par l'Assemblée Générale en 1966, d'autres
instruments ont établi de façon plus détaillée les objectifs que l'éducation
devrait viser. Les États Parties sont tenus d'assurer que l'éducation soit
conforme aux buts et aux objectifs identifiés par l'article 13 (1), interprété
selon la Déclaration Mondiale sur l'Éducation pour Tous (Jomtien, Thaïlande,
1990) (art. 1), la Convention sur les Droits de l'Enfant (art. 29.1), la
Déclaration et le Programme d'Action de Vienne (1ère Partie, paragraphe 22 et
2ème Partie, paragraphe 80), et le Plan d'Action pour la Décennie des Nations
Unies pour l'Éducation sur les Droits de l'Homme (paragraphe 2). Si tous ces
textes correspondent de près à l'article 13 du Pacte, ils contiennent également
des éléments qui ne sont pas expressément prévus par l'article, comme des
références spécifiques à l'égalité des sexes et le respect de l'environnement.
Ces nouveaux éléments sont implicites dans l'article 13 (1) et en reflètent une
interprétation d'actualité. Ils ont reçu une approbation très répandue dans
toutes les régions du monde.
Poursuivre le but de l'éducation pour tous est une obligation acceptée
par tous les États. Ce principe va au-delà d'un objectif ambitieux; c'est une
éthique ambitieuse, fondée sur la dignité humaine. Aujourd'hui, la notion de
l'alphabétisation ne se borne plus à la capacité de lire, écrire et compter:
l'instruction publique doit en outre offrir l'accès à des capacités et des
connaissances qui permettent à l'individu de prendre sa place dans la société.
Elle doit aussi être une école de la démocratie, car la défense de la Cité est
mieux garantie si les citoyens sont bien instruits et responsabilisés.
L'instruction doit être accessible à toutes les étapes de la vie, afin
de donner une "deuxième chance" aux individus qui ont été exclus et
de permettre à chaque individu de s'adapter à un monde et un environnement
professionnel en mutation. Elle doit donner accès tout d'abord aux
connaissances nécessaires, en ensuite offrir ce que Robert Carneiro, dans Les clés du XXIe siècle, appelle les
"antidotes au désapprentissage", et ceci non seulement à l'école,
mais aussi par l'éducation en dehors du milieu scolaire et l'éducation
informelle en général.
Cet objectif ne sera réalisé que si l'éducation pour tous est intégrée
dans des programmes nationaux de développement et de réduction de la pauvreté.
À présent, le lien essentiel entre l'éducation, le développement et la
réduction de la pauvreté est universellement reconnu. C'est pourquoi les
initiatives en faveur de l'éducation pour tous doivent viser principalement les
pauvres et les exclus - en particulier les femmes et les filles, trop souvent
privées de l'instruction, ainsi que les groupes marginalisés.
Les sociétés doivent reconnaître que la scolarisation des filles n'est pas une
option, mais une nécessité. C'est un investissement à long terme... et un outil
pour prévenir les conflits. C'est la forme la plus efficace de financer la
défense d'un pays.
En novembre 2003, des représentants de 18 pays et huit organisations
mondiales pour le développement et organisations onusiennes, lors d'une réunion
à Delhi, se sont mis d'accord pour accélérer un plan pour instruire des
dizaines de millions de filles. Mais les responsables ont affirmé avoir reçu
des promesses de don couvrant US$ 3,5 milliards seulement, soit la moitié de la
somme annuelle requise pour le projet. Le plan presse tous les pays où
l'instruction des filles traîne derrière celle des garçons d'accorder une
priorité budgétaire à des politiques qui servent à promouvoir l'égalité des
sexes.
À ce moment, il se peut que certains d'entre vous souhaitent me
rappeler que mon but déclaré pour l'Association Internationale des Magistrats
de la Jeunesse et de la Famille consiste à "Soutenir
les Magistrats de la Jeunesse et de la Famille dans le Maintien de la
Suprématie du Droit", et non pas la promotion de "l'Éducation pour tous". Où donc se trouve le rôle des
juges et magistrats?
Le droit à l'éducation est consacré dans des textes légaux variés, tels
que des conventions, recommandations, plans d'action et des chartes, qui ne
comportent pas les mêmes obligations d'un point de vue strictement légal, mais
qui servent tous à atteindre le même but: promouvoir et développer le droit de
chaque personne, sans discrimination, de jouir de l'accès à l'instruction.
Presque tous les pays du monde ont ratifié les
Conventions pertinentes, énumérées ci-dessus. Dès qu'une convention a été
ratifiée, acceptée ou dès qu'elle a gagné l'adhésion d'un
nombre suffisant de pays, elle finit par acquérir la force de loi pour l'État
adhérent. Une fois que l'incorporation dans le droit national a été achevée, la
convention peut entrer en vigueur à l'intérieur du cadre juridique de l'État en
question.
Les déclarations, les recommandations, les chartes et les plans
d'action n'ont pas la force de loi, mais représentent tout simplement une
déclaration de principes et ne font pas l'objet de
ratification. Cependant, les États et les Gouvernements qui adoptent ces
déclarations et recommandations s'engagent également sur le plan moral. Ces
instruments affirment clairement l'intention des États de les mettre en œuvre,
bien qu'il n'y ait pas de sanctions légales pour leur non-respect. De plus, les
déclarations, par la force de coutume, peuvent finir par être
considérées comme ayant la force de loi, obligeant
les États à les respecter.
La responsabilité revient aux Gouvernements de
faire en sorte que les engagements politiques entrepris lors du Forum Mondial
sur l'Éducation (Dakar, avril 2000) soient appliqués dans les lois et
politiques nationales. Par conséquent, la fondation constitutionnelle et législative du droit à
l'éducation acquiert une importance supplémentaire - on prend pleinement en
compte les implications légales du Plan
d'Action de Dakar. La Discussion sur
le Droit à l'Éducation et le Suivi du Forum Mondial sur l'Éducation,
organisée par le Comité des Nations Unies sur les Droits Économiques, Sociaux
et Culturels (UNCESCR), en coopération avec l'UNESCO, le 14 mai 2002, a
clairement démontré l'importance vitale d'introduire des dispositions
culturelles sur le droit à l'éducation, ainsi que des lois cadre appropriées,
pour que les obligations de l'État qui relèvent des conventions internationales
pertinentes soient incorporées dans le système juridique national.
La question fondamentale est: comment incorporer
dans les systèmes juridiques nationaux les obligations relatives au droit à l'éducation assumées par les
États Parties sous des conventions internationales et
régionales? Ceci est encore plus important en vue des objectifs de Dakar,
surtout le but d'un bon enseignement de base, gratuit et obligatoire.
L'adoption d'une approche basée sur les droits humains
facilitera énormément la mise en pratique du droit à l'éducation.
Comme l'a suggéré la Consultation
Informelle des Experts sur le Suivi du Droit à l'Éducation, organisé en
mars 2001 par l'UNESCO, le suivi du Forum Mondial sur l'Éducation devrait être
lié à la mise en œuvre des instruments internationaux et régionaux. On a
souligné le besoin de (i) examiner les bases du Plan d'Action de Dakar, à la fois à la lumière du droit comparé
constitutionnel moderne et du droit international conventionnel, et (ii)
établir le lien entre le Plan d'Action de Dakar et les instruments
internationaux en vigueur en tant qu'une extension du droit déjà existant.
À la suite de la loi générale sur l'éducation, il faut en plus élaborer
une législation nationale dans des domaines spécifiques, comme l'enseignement
supérieur, l'enseignement gratuit et obligatoire, la formation professionnelle
et technique, ainsi que le financement de l'éducation.
Comme le prévoient des instruments existants, le droit à l'éducation ne
peut être accessible à ses bénéficiaires que lorsque les obligations de l'État
qui relèvent de ces instruments sont incorporées dans le système juridique
national et leur application effective est assurer d'une manière efficace.
Il est donc indispensable que le droit à
l'éducation sous ses divers aspects soit incorporé dans la constitution et dans
la législation de tous les États Parties, pour que les titulaires individuels
de ce droit, ainsi que toute la société, puisse effectivement en profiter.
Une fois qu'une Convention entre en vigueur au
sein du système juridique d'un État,
le titulaire du droit établi par la Convention peut utiliser tous les moyens
légaux disponibles pour le faire respecter: faire recours aux tribunaux, par
exemple, où le juge ou magistrat dispose, en fin de compte, du pouvoir de déterminer
s'il y a eu une infraction des obligations légales de l'État, et de prendre une
décision.
Il est claire qu'on attendait une modernisation
de leur législation de la part des pays suite au Forum Mondial sur l'Éducation.
L'UNESCO a d'une part analysé les dispositions constitutionnelles et les
législations nationales relatives au droit à l'éducation dans les pays divers,
et d'autre part fourni une assistance technique aux États Parties dans le développement et la
modernisation de la législation nationale.
La mobilisation les gouvernements pour qu'ils développent et
modernisent la législation nationale est un élément critique de la mise en
œuvre du Plan d'Action de Dakar.
C'est une tâche énorme, surtout dans les pays en voie de développement.
L'assistance technique fournie par l'UNESCO serait nécessaire à échelle
beaucoup plus large. L'Association Internationale pourrait collaborer de façon
utile avec l'UNESCO en rédigeant des lois nationales conformément aux
Conventions sur les droits de l'homme, afin de faire avancer le travail dans
cette direction.
Le Plan d'Action de Dakar a
assigné six objectifs à la communauté internationale, dont deux sont
particulièrement pertinents. Le premier nous engage à "assurer que, en
2015 au plus tard, tous les enfants, surtout les filles, les enfants en danger
et ceux qui appartiennent à des minorités ethniques, auront accès à un enseignement
primaire gratuit et obligatoire de bonne qualité. Le deuxième vise à
"atteindre une amélioration de 50% dans le niveau d'alphabétisation adulte
avant 2015, surtout pour les femmes, et un accès équitable à une formation
continue de base pour tous les adultes".
Et pourtant, presque quatre ans après Dakar, le droit à l'éducation
reste un but lointain pour des millions de personnes. Le nombre d'adultes
analphabètes dans le monde entier reste obstinément stable à environ 900
millions. Plus de 100 millions d'enfants en âge de fréquenter l'école primaire
ne vont toujours pas à l'école et n'ont aucune possibilité de le faire.
Tous les États sont d'accord que les enfants doivent avoir accès à
l'éducation et y avoir droit, surtout à l'enseignement primaire, qui doit être
gratuit. La pauvreté ne doit pas être un obstacle et il faut reconnaître et
soutenir la revendication d'une telle instruction de la part des pauvres. Et
pourtant, malgré la présence d'une telle gamme d'obligations légales et
d'engagements politiques, des millions d'enfants restent privés de possibilités
de fréquenter l'école, souvent à cause de la pauvreté.
En 1990, les leaders internationaux qui se sont réunis à Jomtien, en
Thaïlande, ont promis une éducation pour les enfants du monde avent l'an 2000
au plus tard. Mais les années 90 étaient une décennie de promesses non tenues
et n'ont apporté aucune amélioration à la situation globale. Les leaders du
monde eurent l'occasion de se racheter à Dakar, mais la plupart, y compris le
Président des États-Unis et le Premier Ministre britannique, ne se sont même
pas manifestés. Lors de la réunion du G7 à Okinawa en juillet de l'année
suivante, le Plan d'Action de Dakar
n'était pas traité, bien que les leaders aient promis de travailler dans le but
d'éliminer la "fracture numérique" entre le Nord et le Sud,
c'est-à-dire la divergence entre les pays riches et les pays pauvres dans
l'accès à la technologie moderne.
Il convient de signaler que les problèmes d'analphabétisme ne sont pas
limités aux nations en voie de développement. Même dans les nations les plus
riches, les systèmes d'instruction publique n'arrivent pas à assurer un
maintien durable d'un niveau adéquat l'alphabétisation parmi la population à
l'âge adulte. Les études montrent que plus de 10%, et le plus souvent 20% de la
population des pays industrialisés est touché par l'analphabétisme - défini
comme l'incapacité de lire et écrire avec compréhension une affirmation brève
et simple relevant de la vie quotidienne.
Presque un quart des jeunes adultes aux États-Unis éprouvent des
difficultés à lire tout texte qui n'est pas extrêmement simple. Dans le monde
développé, ainsi que dans le monde sous-développé, un niveau bas
d'alphabétisation est invariablement un signe de pauvreté et comporte des problèmes
rapidement croissants de drogues, violence et insécurité.
Un rapport récent sur l'enseignement au Royaume-Uni (novembre 2003) a
révélé que les élèves provenant d'environnements défavorisés étaient deux fois
plus susceptibles que les autres de quitter l'école sans aucun diplôme. Plus de
100 000 élèves avaient simplement abandonné le système scolaire et disparu. 41%
des enfants renvoyés aux équipes chargées de jeunes
délinquants avaient suivi un parcours scolaire irrégulier. Le rapport a signalé
que le fait de ne pas être instruit constitue une entrave à la possibilité de
l'enfant de réaliser son potentiel en tant qu'adulte. Ceci coûte cher à
l'enfant, à la communauté où il vit et à la société en général.
Assurer le droit à une éducation de base pour tous est un des plus
grands défis moraux de notre époque. Il est plus nécessaire que jamais de nous
réveiller et agir. L'éducation ne sera effectivement pour tous que lorsqu'elle
deviendra un souci actif de tout le monde. Dakar ne doit pas être seulement "une
conférence de plus", et l'Éducation
pour Tous ne doit pas rester pour toujours une promesse non tenue.
Nous devons arrêter de trahir l'espoir et de reporter l'action.
Investir dans l'éducation, c'est investir dans le succès, c'est construire
notre avenir. Les gouvernements, les institutions internationales, les agences
sociales, les ONG, les associations, le secteur privé et les citoyens doivent
s'unir pour mener à bien cet engagement.
Suite aux événements du 11 septembre, nous devrions aussi réfléchir sur
le fait qu'investir dans l'éducation signifie investir dans la sécurité
nationale et internationale. Car l'éducation est fondée sur quatre piliers:
apprendre à savoir, apprendre à faire, apprendre à être et apprendre à vivre
ensemble. L'éducation pour tous est le meilleur ciment pour la paix, que ce
soit entre les nations ou à l'intérieur des frontières. Mais sommes-nous prêts
à payer le prix de la paix? À ceux qui se plaignaient du coût de l'éducation,
Abraham Lincoln avait l'habitude de répondre: "Très bien, Messieurs, alors
essayez l'ignorance!"
La guerre contre le terrorisme n'a pas l'air de renforcer la sécurité
du monde. Si nous consacrions le même engagement, et le même soutien financier
au Programme d'Action de Dakar, nous
pourrions avoir des résultats plus positifs.
Willie McCarney, Rédacteur en
Chef
ALERTE A LA TRESORERIE
Dans la Chronique de décembre 2000, vous avez tous pu lire le
billet du trésorier dans lequel celui-ci s'inquiétait de la diminution
des avoirs de notre Association.
En effet, si au 1.1.1994, la fortune de l'AIMJF s'élevait à
plus de CHF 63.000.--, elle n'était, au 31.12.1999, plus que de CHF 41.500.--
et, au 31.12.2002, de CHF 35.682.
Cette baisse constante est due à la seule confection,
traduction et diffusion de notre Chronique que l'apport des cotisations des
membres individuels et des associations nationales ne suffit pas à compenser.
Dans mon billet de novembre 2000, je vous avais proposé la
recherche de parrains et j'avais requis votre aide pour trouver de nouvelles
ressources financières. J'ai dû prêcher dans le désert puisque je n'ai reçu
aucune réponse!
Je me permets de revenir à charge aujourd'hui pour deux
raisons. La première est la continuelle dégringolade de nos finances, malgré
une rigueur absolue dans le poste « dépenses » et la seconde est
l'immobilisme de notre Association, malgré le dynamisme et l'engagement
exceptionnels de notre Président. En effet, notre Association semble faire du
sur-place. Or, qui n'avance recule!
Fort de ce principe, les membres du Bureau ont décidé de
réagir et souhaitent mettre sur pied un réseau de communication afin de :
-
faciliter
le partage d'informations et d'idées;
-
faire
mieux connaître les lois et les instruments internationaux relatifs aux droits
de l'enfant;
- mettre toutes les informations, en particulier sa Chronique, sur Internet dans les trois langues officielles (anglais, français, espagnol).
Or, l'organisation actuelle de notre ONG ne permet pas de
réaliser ces objectifs.
En effet, il n'existe ni un secrétariat centralisé, ni un
lieu d'accueil digne de ce nom pour recevoir les divers comités ou commissions
composés de membres provenant de toutes les parties du monde.
Dès lors, si l'Association veut s'agrandir et se développer,
cette situation doit impérativement changer.
A cet effet, il est primordial d'obtenir l'appui d'un bureau
permanent avec le soutien d'un secrétariat professionnel et de rechercher de
nouvelles sources de financement.
Pour atteindre ces buts, l'Association doit travailler en
partenariat avec une organisation œuvrant dans la même ligne et capable
d'offrir des conditions de travail idoines.
Des contacts ont donc été pris dans ce sens et des projets
de convention élaborés. Toutefois, pour concrétiser ce partenariat, il faut un
minimum d'argent, afin de pouvoir rémunérer les futurs collaborateurs.
Aussi le trésorier se fait-il le devoir de vous faire part,
chers membres de l'AIMJF, de deux propositions très concrètes :
1. A titre de solidarité avec nos membres
provenant de pays économiquement faibles et qui, malgré toute leur bonne
volonté, n'arrivent pas à s'acquitter de la cotisation annuelle fixée à CHF
30.-- (une telle somme pour un Africain peut représenter une importante partie
de son salaire mensuel !), il est proposé aux membres issus de pays
économiquement forts de parrainer
ceux-ci en versant une double, voire une triple cotisation annuelle. Ainsi, le
membre qui a les moyens de verser annuellement CHF 60.-- sera le parrain d'un
collègue plus démuni et lui permettra de recevoir la Chronique et de participer
activement aux diverses actions de l'AIMJF. Actuellement, l'AIMJF compte plus
de 150 personnes issues de régions défavorisées et incapables de verser la
cotisation annuelle. Comme il s'agit de réparer en quelque sorte une inégalité de
traitement entre les divers membres provenant de tous horizons, il serait mal
venu de publier la liste des donateurs solidaires. Par contre, ceux-ci auront
la possibilité, comme c'est déjà le cas aujourd'hui, de consulter en tout temps
la liste des cotisants et de constater que leur don discret a été pris en
compte.
2. Afin de marquer l'attachement et l'intérêt
que vous portez à votre Association, il est proposé aux membres qui disposent
de moyens financiers plus conséquents de faire un don – si petit soit-il, il
sera le bienvenu - à un moment déterminé de leur vie. Cela se fait déjà
occasionnellement et les généreux donateurs reçoivent une lettre de
remerciement du trésorier. Il serait bon que ces gestes se multiplient. Ainsi,
par exemple, à l'occasion d'une promotion ou à la fin d'une carrière, tout
membre est invité à marquer son attachement à l'AIMJF en apportant une
contribution personnelle. A titre de remerciement, la liste des bienfaiteurs
sera insérée dans la Chronique, sous la rubrique « dons ».
Tous ces gestes de solidarité sollicités ne doivent pas vous
empêcher de poursuivre vos recherches dans le monde des sponsors aux ressources
financières beaucoup plus importantes et qui pourraient, comme déjà annoncé,
avoir leur nom ou leur sigle sur la Chronique durant les années de sponsoring.
J'espère pouvoir compter sur votre grande compréhension et
votre précieuse collaboration. En effet, si nous voulons atteindre les
objectifs de notre grande famille, il faut que nous nous sentions tous
concernés et que nous agissions tous dans la mesure de nos possibilités et de
nos moyens. C'est, en cette fin d'année, le cadeau que je souhaite à notre Association
bien-aimée.
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Michel
Lachat, Trésorier AIMJF |
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27
décembre 2003, Fribourg/Suisse |
DES NOUVELLES FAÇONS DE PRENDRE EN CHARGE LA
DÉLINQUANCE JUVÉNILE
Une nouvelle Recommandation du Conseil d'Europe
Dr
Peter H. van der Laan
Le Dr Peter van der Laan est Professeur de Recherche auprès
de l'Institut Néerlandais pour l'Étude de la Criminalité et du Respect de la
Loi (NSCR). En automne 2000, le Conseil d'Europe l'a nommé, avec John
Graham de la British Audit
commission, comme expert scientifique pour soutenir un Comité d'Experts
dans l'élaboration d'une nouvelle recommandation sur les moyens de prendre en
charge la délinquance juvénile.
Le 24 septembre 2003, le Comité de
Ministres du Conseil d' Europe a adopté une recommandation sur des nouveaux
moyens de s'occuper de la délinquance juvénile (Recommandation Rec (2003)20.
Cette recommandation remplace une recommandation antérieure de 1987
(Recommandation No. R (87) 20.
Les raisons
pour l'élaboration d'une nouvelle recommandation étaient double. Tout d'abord,
le niveau de la criminalité juvénile, et en particulier l'utilisation
croissante de la violence, soulevaient des préoccupations. Ceci exigeait de
nouvelles réponses et de nouvelles politiques. Deuxièmement, le Conseil
d'Europe a connu une croissance rapide au fil de la dernière décennie. Le
Conseil d'Europe compte désormais 45 états membres. Les nouveaux états membres
proviennent tous de l'Europe centrale et orientale. Ils doivent faire face à
des problèmes qui ressemblent à ceux des pays d'Europe occidentale, mais
doivent en outre s'occuper des problèmes spécifiques liés à leur propre
situation interne. On considérait non seulement que la Recommandation No. R
(87) 20 était dépassée dans certains aspects, mais aussi qu'elle ne couvrait
pas d'une façon adéquate les besoins et les situations et problèmes spécifiques
des nouveaux états membres.
Cette présentation
traitera les éléments clé de la nouvelle recommandation et une partie du
travail du Comité d'Experts qui a rédigé la recommandation. On a notamment
préconisé des règles européennes séparées pour le régime pénitentiaire, des
sanctions appliquées dans la communauté et des mesures destinées aux mineurs,
des approches pluridisciplinaires sur le terrain, la recherche continue
d'alternatives à la privation de liberté, la reconnaissance des intérêts des
victimes, l'utilisation d'interventions basées sur les preuves. On a proposé de
faire participer plus systématiquement les parents aux procédures et aux
programmes, et de produire des rapports sur l'aspect racial à côté des plans
d'action.
Les tâches du
Comité d'Experts, où participent des experts de 22 états membres, ainsi que
trois observateurs (le Canada, l'Association Internationale de Magistrats de la
Jeunesse et de la Famille (AIMJF) et la Conférence Européenne Permanente sur la
Probation et les Services aux Libérés), consistaient à considérer en particulier:
-
l’évolution actuelle de la délinquance
juvénile et la réponse du système de justice pour mineurs;
-
le fonctionnement (et éventuellement le
mauvais fonctionnement) du système de justice pour mineurs, ainsi que les
possibilités pour le rendre plus efficace;
-
la protection dont les jeunes délinquants
devraient bénéficier pendant la procédure;
-
les méthodes d'intervention, en milieu
fermé comme en milieu ouvert, comme réponse à la délinquance juvénile, et le
problème des délinquants récidivistes;
-
le fonctionnement (et éventuellement le
mauvais fonctionnement) des institutions qui prennent en charge des jeunes
délinquants en milieu fermé (par exemple les prisons, centres de détention et
nouvelles catégories d'établissements résidentiels); il faut prêter une
attention particulière aux conditions de détention des jeunes délinquants et la
mise en œuvre de programmes sociaux et éducatifs appropriés dans les
institutions fermées.
La
recommandation, acceptée par le Comité de Ministres, demande de :
-
se faire guider
dans la législation, les politiques et les pratiques par les principes et les
mesures prévues dans cette recommandation;
-
porter cette recommandation et son
mémorandum explicatif à l'attention de toutes les agences concernées, des
médias et du public;
-
reconnaître le besoin de Règles
Européennes séparées et distinctes sur les Sanctions et Mesures exécutées dans
la communauté et des Règles Européennes pour les jeunes en détention.
La
Recommandation Rec(2003)20 emploie les définitions suivantes:
-
"Jeunes". Ce terme désigne les
personnes qui ont dépassé l'âge de la responsabilité pénale mais n'ont pas
encore atteint l'âge de la majorité. Cependant, le terme "jeunes" se
réfère aux aspects juridiques plutôt qu'au développement de la personne, et la
tranche d'âge qui constitue un "jeune" varie entre les états membres.
Dans la pratique, la Recommandation va au-delà de l'âge de la majorité pour
inclure les jeunes adultes, reconnaissant la transition de plus en plus longue
vers la vie adulte. Elle s'étend également à ceux qui n'ont pas encore l'âge de
la responsabilité pénale, car un certain nombre de pays a exprimé des soucis
sur les meilleures réponses au comportement antisocial chez des enfants,
c'est-à-dire des comportements qui seraient considérés criminels et sanctionnés
en conséquence si les enfants était plus âgés.
-
"Délinquance". Ceci n'est pas
un terme juridique et a des sens différents dans des pays différents. En
général il désigne les actions qui sont prises en charge par le droit pénal.
Dans certains pays, il s'étend également à la conduite antisociale et/ou
indisciplinée, y compris le manque de respect d'autrui, les brimades,
l'absentéisme de l'école et la consommation d'alcool par mineurs. De tels
comportements peuvent être pris en charge par le domaine du droit administratif
ou du droit civil. La version préliminaire de la recommandation se concentre
principalement sur le comportement.
-
Le "système de justice pour
mineurs" est défini comme l'élément formel d'une approche plus large pour
affronter la criminalité juvénile. En plus du tribunal pour mineurs, il inclut
les organismes ou agences officielles comme la police, le parquet et les
avocats, le système de liberté surveillée et les institutions pénales. Il
travaille en collaboration étroite avec des agences liées comme les services de
santé et d'instruction publique, les services sociaux et des ONG, comme les
organisations qui soutiennent les témoins et les victimes.
La Recommandation Rec(2003)20 réaffirme
bon nombre des principes contenus dans la Recommandation No. R (87) 20 sur
les Réactions Sociales Contre la Délinquance Juvénile, y compris les principes
suivants:
-
le système de justice pour mineurs ne
constitue qu'une partie de la réponse globale à la criminalité juvénile;
-
le système de justice pour mineurs
devrait éviter des approches répressives et mettre l'accent sur l'éducation et
la réintégration;
-
les jeunes devraient recevoir au moins le
même niveau de garanties procédurales que les adultes; et
-
il ne faut utiliser la privation de
liberté que comme solution ultime dans le cas de mineurs, et dans la mesure du
possible, les interventions doivent s'effectuer dans l'environnement habituel
du mineur.
Cependant, le
Comité de Ministres est également convaincu qu'une réévaluation de notre
réponse à la criminalité juvénile est exigée en raison de l'adhésion de
nouveaux états membres d'Europe Centrale et Orientale, des avances dans les
recherches scientifiques, des développements dans la politique et la pratique
de la justice pour mineurs, et de quelques changements significatifs dans la
vie des jeunes.
Depuis les
années 1980, des changements dans la vie des jeunes ont augmenté le risque
qu'ils ne s'impliquent dans des activités violentes et criminelles. Il semble
que c'est le cas particulièrement dans les sociétés en mutation rapide dans de
nombreux pays d'Europe centrale et orientale. Les changements les plus
importants sont les suivants:
-
l'aggravation de la pauvreté chez les
enfants et de l'inégalité des revenus, surtout en Europe centrale et orientale;
-
les divorces et les ruptures familiales
se font de plus en plus fréquents, non sans impact sur le rôle des parents;
-
l'augmentation de l'expérimentation, chez
des mineurs de plus en plus jeunes, de substances psycho-actives, y compris
l'alcool;
-
le marché de travail pour les jeunes est
en déclin et le chômage augmente chez les jeunes adultes, en particulier parmi
les jeunes hommes et les individus peu
formés;
-
la concentration croissante de problèmes
sociaux et économiques et de la criminalité et la violence qui y sont liées,
dans des zones spécifiques, souvent les centres des villes ou les quartiers
résidentiels dans la banlieue des agglomérations urbaines;
-
la migration en masse de minorités
ethniques vers l'Europe et à l'intérieur du continent;
-
le risque accru de troubles
psycho-sociaux parmi les jeunes gens, surtout les jeunes hommes.
Si ces
changements sont susceptibles d'avoir influencé l'échelle et le caractère de la
criminalité juvénile, il y a peu de données empiriques pour soutenir cette
thèse. Beaucoup de pays manquent d’infrastructure et de moyens pour obtenir des
données fiables sur une période de temps raisonnablement long qui permettraient
des conclusions valables sur les tendances et les développements.
Les
statistiques policières de certains pays d'Europe occidentale suggèrent que si
la criminalité juvénile reste généralement stable, la criminalité violente est
en augmentation. Pourtant, quelques autres sources d'informations remettent cet
avis en question. Dans les rares pays où des études sur les victimes et
d'autoévaluation ont été entreprises, l'augmentation de la criminalité violente
semble plus modeste, voire même inexistante. Sur la seule base d'indices
anecdotiques, il semble que le taux de criminalité et de violence chez les
jeunes, dans certains pays d'Europe centrale et orientale (mais pas tous) est
plus bas qu'en Occident, mais augmente plus rapidement.
Que la
criminalité et la violence aient augmenté chez les jeunes ou non, il y a
clairement une perception générale que la violence juvénile est en train
d'augmenter, que les délinquants commencent plus tôt à commettre des
infractions et qu'un petit nombre de délinquants commet de très nombreuses
infractions. En même temps, les recherches nous disent plus sur les causes de
la criminalité, et nous montrent que certaines interventions peuvent bien
marcher chez certains jeunes délinquants. L'expérimentation avec des approches
alternatives pour prendre en charge les jeunes délinquants, comme la justice
réparatrice et la supervision, suggère qu'il existe des moyens de remplacer les
approches plus traditionnelles, ce qui pourrait améliorer notre réponse à la
criminalité juvénile et la violence.
Cependant, le
souci est que le système de justice des mineurs est lent, inefficace et
surchargé. Les retards sont monnaie courante, la confiance du public est basse
et les taux de récidive sont élevés. Alors que les sources traditionnelles de
contrôle social informel - les écoles, les familles et les lieux de travail -
se sont affaiblies, la société attend de plus en plus du système de justice
pénale. Ces évolutions ont mené, du moins dans quelques états membres, à une
approche plus répressive, qui se reflète dans des taux plus élevés de détention
de mineurs, et un changement d'orientation - on s'éloigne d'un modèle de
protection (selon les besoins) en faveur d'un modèle de justice (une approche
punitive avec le sentiment que "c'est bien fait pour eux"). Dans
d'autres pays, il n'y a simplement pas assez d'informations pour établir si les
taux de détention augmentent effectivement ou si les données publiées
comprennent les jeunes en détention préventive ou dans des établissements
résidentiels fermés. Néanmoins, on pense que de telles mesures sont de plus en
plus utilisées dans de nombreux pays.
En Europe
centrale et orientale, où les ressources sont beaucoup plus limitées, quelques
états membres luttent pour mettre en œuvre les standards internationaux
existants. Pour eux, les soucis les plus urgents sont de fournir des structures
adéquates et la qualité de tels services.
En prenant ces considérations en compte, la
Recommandation Rec(2003)20 identifie un nombre de nouveaux principes, basés sur
ceux identifiés dans la Recommandation No. R (87) 20, mais considérés tout
aussi importants, voire plus importants, aujourd'hui. Entre autres, on
recommande que:
-
la réponse à la délinquance juvénile doit
être rapide et cohérente et intervenir dès qu'un problème se déclare;
-
la responsabilité du comportement
délictueux soit élargie pour inclure les parents d'un jeune délinquant;
-
dans la mesure du possible et dans des
cas appropriés, les interventions auprès des jeunes délinquants doivent inclure
des réparations aux victimes des infractions et à leurs communautés;
-
les interventions doivent cibler la
conduite délictueuse directement et les intervenants doivent être le mieux
formés possible et conscient d’établir l’efficacité ojective de leur action.
Il est
important de noter que la Recommandation Rec(2003)20 présente une gamme de
standards pour des politiques, des lois et des pratiques dans le domaine de la
justice pour mineurs, mais ne contient aucune disposition sur le traitement des
jeunes en prison ou soumis à des sanctions ou mesures dans la communauté. Par
conséquent, la Recommandation Rec(2003)20 souligne le besoin de développer des
Règles Européennes séparées et distinctes pour les jeunes privés de liberté ou
soumis à des sanctions ou mesures dans la communauté.
Les mineurs en détention sont souvent
très vulnérables. Vu la fréquence élevée de suicides, de tentatives de suicide,
de brimades, d'automutilation et de problèmes de santé mentale, l'expérience de
se retrouver en détention semble très traumatisante. Dans ce domaine, le Comité
européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains
ou dégradants (CPT) recommande que les jeunes privés de liberté à cause de leur
conduite criminelle soient détenus dans des centres de détention conçus
spécifiquement pour mineurs, avec des régimes adaptés à leurs besoins et du
personnel formé pour s'occuper d’eux.
En 2001, le
Conseil d'Europe a décidé de revoir les règles européennes sur les prisons. Des
lacunes et des faiblesses ont été identifiées, y compris une adaptation
insuffisante aux besoins des jeunes délinquants. Cependant, les règles
européennes sur les prisons ne s'appliquent pas aux mineurs. Il en va de même
pour les Règles Européennes sur les sanctions et mesures exécutées dans la
communauté. Par conséquent, le comité qui a rédigé la Recommandation
Rec(2003)20 a fermement cru nécessaire le développement de Règles Européennes
pour Mineurs qui couvrent ces deux domaines. Il a recommandé qu'un nouvel
ensemble de règles devrait couvrir toutes les formes de détention, y compris
les requérants d'asile et les immigrés en détention. Le Comité de Ministres a
accepté cette suggestion et, pour 2004, on s'attend à l'élaboration de telles
règles par un groupe d'experts.
Les questions
principales dans la Recommandation Rec(2003)20 sont les suivantes:
-
une approche plus stratégique;
-
des nouvelles réponses;
-
la mise en œuvre;
-
les droits et garanties procédurales;
-
le suivi, l'évaluation et la diffusion
d'informations.
UNE APPROCHE PLUS STRATÉGIQUE
La justice pour
mineurs en Europe n'a aucune vision ou philosophie en commun. Certains pays se
dotent de modèles de "protection" concentrés sur les besoins du mineurs,
alors que d'autres privilégient des modèles de "justice" qui mettent
l'accent sur le châtiment et la protection du public.
Dans la
pratique, les systèmes de justice pour mineurs devraient répondre au besoin
d'assurer le bien-être des jeunes et le besoin de la société d'être protégée
contre la délinquance et de voir les délinquants assumer leurs actes.
Cependant, ceci mine la confiance publique en la capacité du système et de ses
praticiens de prendre en charge la criminalité juvénile d'une façon efficace.
Il y a un besoin d'une vision et d'un objectif en commun, sur la base de trois
principes qui reflètent l'intérêt supérieur des jeunes délinquants, de leurs
victimes et du public:
1. la
prévention de la délinquance;
2. la
réintégration du délinquant;
3. la
réparation du préjudice.
Ces principes
reflètent, en combinaison, les meilleurs intérêts des jeunes délinquants, de
leurs victimes et du public.
TRAVAILLER ENSEMBLE
Le système de
justice pour mineurs ne saurait affronter tout seul la criminalité juvénile.
L'utilisation exclusive de la loi comme l'instrument pour affronter la
criminalité limite la capacité de la société de contrôler et prévenir la
conduite délictueuse.
Des études sur
les causes de la criminalité confirment que les familles, les écoles, les
quartiers et les personnes du même âge ont une influence déterminante sur la
conduite délictueuse, ce qui suggère le rôle important à jouer par les agents
traditionnels de la socialisation:
-
la famille;
-
l'école;
-
le lieu de travail;
-
la communauté locale.
La
Recommandation Rec(2003)20 vise plusieurs groupes.
Les jeunes
auteurs d'infractions graves, violentes
ou répétées en particulier sont responsables d'une grande proportion de la
criminalité, avec un impact disproportionné sur leurs familles et leurs
communautés. Ils ont souvent des besoins multiples et liés entre eux (l'abus de
stupéfiants, l'absentéisme de l'école ou des problèmes à la maison). Ces
problèmes doivent être affrontés dans leur ensemble par un système de justice
pour mineurs qui inclut les services locaux
pour aborder des facteurs contextuels plus larges, afin de réduire le
risque de délinquance et de récidive.
La délinquance liée à la toxicomanie et la
croissance de l'abus des stupéfiants parmi les enfants et les jeunes soulève
des préoccupations particulières. La Recommandation Rec(2003)20 préconise des
mesures spécifiques développées dans certains pays pour soigner la toxicomanie
- on peut par exemple soustraire les délinquants toxicomanes aux poursuites
pénales à condition qu'ils consentent à se faire soigner et à se soumettre à
des tests pour prouver qu'ils n'ont pas recommencé à se droguer.
Parallèlement,
la délinquance liée à l'alcool est
inquiétante. Dans certains pays, on impute le nombre croissant d'infractions à
l'ordre public au moins partiellement à la consommation répandue, voire
excessive, d'alcool chez les jeunes. La Recommandation Rec(2003)20 approuve les
mesures prises dans plusieurs pays pour décourager la consommation précoce
d'alcool chez les jeunes, telles que l'interdiction de consommer de l'alcool à
certains endroits à certaines heures, ainsi que l'utilisation de restrictions
légales sur le droit de vendre ou d'acheter des boissons alcoolisées.
La plupart des
états membres se soucient du nombre élevé et croissant de jeunes délinquants provenant de minorités ethniques
qui comparaissent devant les tribunaux. Ceci est en partie une conséquence
des évolutions récentes dans la migration de masse, mais dans certains pays,
les communautés minoritaires connaissant désormais leur deuxième ou même
troisième génération, pendant que d'autres ont des minorités historiques ou
indigènes.
Ce souci se
reflète également dans la représentation disproportionnée de délinquants
provenant de minorités ethniques à chaque étape du système de justice pour
mineurs, de l'arrestation aux peines privatives de liberté. Ceci peut
s'expliquer en partie par des taux plus élevés de délinquance, qui à leur tour
peuvent être dus à une plus grande vulnérabilité, à la pauvreté et à l'exclusion
sociale, mais peut aussi refléter la discrimination.
En développant
des réponses efficaces à la délinquance parmi les minorités ethniques, les
états membres peuvent tirer parti des initiatives dans des pays spécifiques et
de la Recommandation No. R (88) 6 du Conseil d'Europe sur les réactions
sociales au comportement délinquant des jeunes issus de familles migrantes.
Cependant, en vue des tendances récentes dans la migration de masse en Europe,
il pourrait s'avérer nécessaire de repenser à cette Recommandation dans un
avenir proche.
D'autres
groupes cibles sont les jeunes qui commettent des infractions en groupe, les jeunes filles délinquantes et les jeunes enfants qui n'ont pas encore atteint
l'âge de la responsabilité pénale.
Les
interventions auprès des jeunes délinquants devraient être efficaces. Au fil
des dix dernières années, les recherches ont commencé à montrer que la doctrine
selon laquelle "rien ne marche" est fausse. Des nouvelles façons de
prendre en charge les jeunes délinquants de manière efficace commencent à voir
le jour, ce qui permet un optimisme prudent. Les interventions efficaces sont
essentiellement celles qui:
-
prennent en considération les facteurs
criminogènes qui provoquent ou contribuent directement à la conduite
délictueuse (par exemple les attitudes antisociales, l'abus de stupéfiants, une
capacité cognitive limitée, l'échec scolaire et des lacunes chez les parents)
et continuent à mettre le délinquant en danger de récidive;
-
assurent un lien étroit entre le risque
de récidive et le caractère, l'intensité et la durée de l'intervention;
-
engagent des praticiens dont l'approche
pédagogique est liée à l'approche du délinquant envers l'apprentissage, et qui
utilisent du matériel adapté aux besoins et aux capacités du délinquant;
-
ont lieu dans la communauté et sont
étroitement liées à l'environnement familial du délinquant, plutôt que dans des
institutions; et
-
qui ont recours à une gamme de méthodes
(par exemple la formation pour améliorer le fonctionnement social du mineur,
pour gérer sa colère, pour résoudre ses problèmes, etc.), ce qu'on appelle
souvent une approche cognitivo-comportementale.
Une grande
partie des preuves est concentrée sur des interventions auprès des auteurs
d'infractions graves et répétées. Selon le point de vue prédominant, les
auteurs d'infractions mineures, ou les délinquants lors de leur première
infraction, devraient continuer à être dispensés des poursuites pénales
formelles. On sait très peu de l'efficacité des interventions conçues
spécifiquement pour jeunes filles, minorités ethniques et migrants. Il faut
donc y remédier.
Un
développement récent dans la promotion de politiques et pratiques basées sur
des preuves a été la mise sur pied du Campbell Crime and Justice Group en 2000. Ce Groupe - un
réseau international d'experts scientifiques qui s'engagent à fournir les
meilleures preuves pour déterminer quelles sont les politiques et pratiques
efficaces - passe systématiquement en revue des études scientifiques
d'évaluation et de recherches. Les évaluations sont publiées en forme
électronique.[1]
Pour réduire le
risque de discrimination, le comité d'experts est d'avis que la situation
pourrait être améliorée par une obligation de la part des autorités de
surveiller l'impact sur l'égalité des réformes de la justice et de la pratique.
Pour ce faire,
les autorités peuvent préparer un rapport qui présente de quelle manière les
besoins de minorités ethniques ont été pris en considération et quelles
protections ont été mises en place pour assurer que la nouvelle réforme ne se
retourne pas contre eux par mégarde. La sorte de questions qui auront un impact
sur ces rapports devraient chercher à traiter sont : la possibilité que la
politique puisse s'avérer désavantageuse pour une minorité ethnique ou avoir un
impact négatif sur les relations entre des minorités ethniques différentes, et
les meilleurs moyens possibles d'éviter de tels impacts.
La
Recommandation Rec(2003)20 propose une gamme de nouvelles réponses. Puisque
certaines ne sont peut-être pas vraiment nouvelles et la plupart s'expliquent
sans difficulté, elles sont énumérées ici sans commentaires supplémentaires.
1. Il
conviendrait de continuer à développer la gamme des mesures autres que les
poursuites judiciaires classiques. Ces mesures doivent respecter le principe de
proportionnalité, être prises dans l'intérêt supérieur de l’enfant et ne
s'appliquer que dans les cas où la responsabilité est librement reconnue.
2. En
vue de lutter contre les infractions graves, violentes ou répétées commises par
des mineurs, les États membres devraient développer une gamme plus large de
mesures et de sanctions appliquées dans la communauté, qui soient novatrices et
plus efficaces (tout en restant proportionnelles). Ces mesures devraient viser
directement le comportement délictueux et prendre en compte les besoins du
délinquant. Elles devraient également associer les parents du délinquant ou son
tuteur (à moins que cela ne soit considéré comme allant à l'encontre du but
recherché) et, s'il y a lieu et lorsque c'est possible, permettre la médiation,
la réparation des préjudices causés et l'indemnisation de la victime.
3. Le
degré de culpabilité devrait être davantage lié à l'âge et à la maturité du
délinquant, et mieux correspondre à son stade de développement, les mesures
d'ordre pénal étant appliquées progressivement au fur et à mesure du
développement de sa responsabilité individuelle.
4. Il
conviendrait d'encourager les parents (ou les tuteurs) à prendre conscience de
leurs responsabilités envers le comportement délictueux des jeunes enfants et à
les assumer. Ils devraient être présents aux audiences des tribunaux (à moins
que cela ne soit considéré comme allant à l'encontre du but visé) et, lorsque
les circonstances le permettent, se voir proposer aide, soutien et conseil. Si
cela se justifie, ils devraient être tenus d'accepter un accompagnement
psychosocial ou de suivre une formation à l'exercice des responsabilités
parentales, de veiller à ce que leur enfant fréquente l'école et de collaborer
avec les organismes officiels dans l'exécution des sanctions et mesures dans la
communauté.
5. Pour
tenir compte de l'allongement de la période de transition vers l'âge adulte, il
devrait être possible que les jeunes adultes de moins de 21 ans soient traités
d'une manière comparable à celle des adolescents et qu'ils fassent l'objet des
mêmes interventions, si le juge estime qu'ils ne sont pas mûrs et responsables
de leurs actes que de véritables adultes.
6. Pour
faciliter leur entrée dans la vie professionnelle, tout devrait être fait pour
veiller à ce que les jeunes délinquants de moins de 21 ans ne soient pas tenus
de révéler leurs antécédents judiciaires à leurs employeurs potentiels, sauf
dans des circonstances exceptionnelles.
7. Il
conviendrait de mettre au point des outils d'évaluation du risque de récidive
pour pouvoir adapter avec précision la nature, l'intensité et la durée des
interventions au risque de récidive et aux besoins du délinquant, sans jamais
perdre de vue le principe de proportionnalité. S'il y a lieu, les organismes
compétents devraient être encouragés à échanger des informations, mais toujours
dans le respect de la législation relative à la protection des données.
8. Il
faudrait fixer des délais pour les différentes phases de la procédure pénale,
de manière à éviter les retards et à réagir le plus rapidement possible à la
délinquance juvénile. Dans tous les cas, il convient de trouver un juste
équilibre entre les mesures destinées à accélérer la procédure et à améliorer
son efficacité, et les exigences d'une procédure équitable.
9. Lorsque
des mineurs sont placés en garde à vue, il faut prendre en compte leur statut
de mineur, leur âge, leur vulnérabilité et leur niveau de maturité. Ils
devraient être informés dans les plus brefs délais, d'une manière qui leur soit
pleinement intelligible, des droits et des garanties dont ils bénéficient.
Lorsqu'ils sont interrogés par la police, ils devraient, en principe, être
accompagnés d'un de leurs parents, leur tuteur ou d'un autre adulte. Ils
devraient aussi avoir le droit d'accès à un avocat et à un médecin. Ils ne
devraient pas être maintenus en garde à vue plus de quarante-huit heures au
total, délai qu'il faudrait s'efforcer de réduire encore pour les délinquants
les plus jeunes.
10. Lorsque des suspects
mineurs sont, en dernier recours, placés en détention provisoire, il ne devrait
pas s'écouler plus de six mois avant qu'ils ne passent en jugement, cette
période ne pouvant être prolongée que dans les cas où un juge ne participant
pas à l'instruction de l'affaire a acquis la certitude que les éventuels
retards dans la procédure sont pleinement justifiés par des circonstances
exceptionnelles.
11. Dans la mesure du
possible, il convient de recourir, avec les suspects mineurs, à des solutions
autres que la détention provisoire, comme le placement chez des proches, dans
des familles d'accueil ou autres formes d'hébergement encadré. La détention
provisoire ne doit jamais être utilisée comme une sanction ou une forme
d'intimidation, ni en remplacement de mesures de protection de l'enfant ou de
soins de santé mentale.
12. Pour décider de
l'opportunité de placer un jeune suspect en détention provisoire afin d'éviter
qu'il ne commette de nouvelles infractions, les tribunaux devraient procéder à
une évaluation approfondie des risques en s'appuyant sur des informations
détaillées et fiables concernant la personnalité et la situation sociale du
jeune.
13. Les mineurs faisant
l'objet d'une mesure privative de liberté devraient être préparés en vue de
leur libération dès le premier jour de leur détention. Une évaluation complète
des besoins et des risques devrait étayer un programme de réinsertion préparant
pleinement le délinquant à la libération et prenant en compte de manière
coordonnée ses besoins en matière de formation, d'emploi, de revenus, de santé,
de logement, de suivi et d'environnement familial et social.
14. Il convient
d'adopter une stratégie progressive de (ré)insertion faisant appel à des
permissions de sortie, au séjour en établissement ouvert, à la libération
conditionnelle anticipée et au placement en unité de réinsertion. Il faudrait
consacrer des moyens à l'organisation de la réinsertion après libération,
réinsertion qui, dans tous les cas, sera programmée et menée en étroite
collaboration avec les structures extérieures au milieu pénitentiaire.
MISE
EN OEUVRE, DROITS ET GARANTIES, ÉVALUATION ET
DIFFUSION DE L'INFORMATION
La
Recommandation Rec(2003)20 conclut avec quelques paragraphes sur la mise en
œuvre, le suivi, l'évaluation et la diffusion d'informations. Une fois de plus,
les voici sans besoin d'ajouter de commentaires.
1. Les réponses à la
délinquance juvénile devraient être conçues, coordonnées et mises en œuvre par
des partenariats locaux regroupant les principaux acteurs publics – police,
services de probation, protection de la jeunesse et action sociale, autorités
judiciaires, éducation, emploi, santé et logement – et le secteur associatif et
privé. Ces partenariats devraient avoir la responsabilité de la réalisation d'un
objectif commun, selon des orientations clairement définies, et:
-
offrir une formation initiale et continue;
-
prévoir, financer et fournir des services;
-
définir des normes et suivre les progrès réalisés;
-
échanger des informations (dans le respect des exigences légales
relatives à la protection des données et au secret professionnel, et compte
tenu des missions spécifiques des organes concernés); et
-
évaluer l'efficacité des actions et diffuser les bonnes pratiques.
1. Toutes les nouvelles
mesures et procédures prévues par la présente recommandation doivent
s'interpréter dans le cadre des droits et garanties énoncées dans les
instruments internationaux pertinents.
SUIVI,
ÉVALUATION ET DIFFUSION DE L'INFORMATION
1. Pour disposer de
connaissances plus larges sur l'efficacité des différents types
d'interventions, il conviendrait de consacrer des fonds à une évaluation
scientifique indépendante de ces interventions et à la communication des
résultats aux praticiens.
2. Afin de prévenir
toute discrimination fondée sur l'appartenance ethnique dans le cadre de la
justice des mineurs et d'identifier les cas dans lesquels des interventions
culturellement ciblées s'imposent, il conviendrait de collecter des
informations et/ou d'entreprendre des recherches sur la participation et le
traitement des minorités ethniques à chacun des stades de la justice des
mineurs.
Pour contrer les perceptions
trop négatives, informer l'opinion et accroître la confiance du grand public,
il conviendrait d'élaborer des stratégies d'information sur la délinquance
juvénile et sur le travail et l'efficacité de la justice des mineurs, par des
canaux très divers dont la télévision et Internet, en veillant à ne pas
communiquer d'informations à caractère personnel ou d'autres données susceptibles
de permettre l'identification d'un délinquant ou d'une victime en particulier.
UNE DATE POUR VOTRE AGENDA
LES DROITS
DE L'ENFANT
ENFANTS : JOYAUX OU MARCHANDISES
LE TRAFIC DES ENFANTS
SION,
SUISSE
du 19 au
23 octobre 2004
Lieu: Institut
Universitaire Kurt Bösch (IUKB)
Box 4176, CH-1950 SION 4
Tel: +41-27-205.73.00 –
Fax: +41-27-205.73.02
email: ide@iukb.ch; web: www.childsrights.org
Langues: Français et Anglais avec traduction simultanée
pour
les sessions plénières.
Contact:
Institut
international des Droits de l'Enfant (IDE)
Case
postale 4176, CH-1950 Sion 4 - Suisse.
Tel: +41-27-205.73.00 – Fax: +41-27-205.73.02
Email:
ide@iukb.ch
IV Congrès Mondial sur le Droit de la Famille
et les Droits de l'Enfant et de la Jeunesse.
du 20 au
23 mars 2005
Pour des informations supplémentaires, veuillez
consulter le site Internet: www.lawrights.asn.au
Pour
recevoir régulièrement des informations, contactez:
Gail
Fowler, Project Manager, Capital Conferences
PO Box
253, Church Point, NSW Australia 2015
Tel: +61
2 9999 6577; Fax: +61 2 9999 6733
Email: gail.fowler@capcon.com.au
Le Congrès aura lieu
sous les auspices du Comité du Congrès Mondial sur le Droit Familial et de
Children's Rights Inc.
LE RENFORCEMENT DE LA PROTECTION DE L'ENFANT À
TRAVERS
LA LOI PORTANT RÉPRESSION DE LA TRAITE DES PERSONNES
DR HAIMOUD RAMDAN, MAURATANIA
Professeur
de droit à la Faculté des Sciences
juridiques
et économiques de l'Université de Nouakchott,
Chargé
de Mission au Ministère de la Justice
1. Introduction
Depuis
l'adoption de la constitution du 20 juillet 1991, la Mauritanie s'est engagée
dans un processus démocratique fondé sur la justice et l'égalité des citoyens
conformément aux principes de l'islam. Pour ce faire, elle a initié un ensemble
de réformes institutionnelles et normatives à même de libérer et de canaliser
les efforts de chacun dans le cadre du développement économique et social du
pays.
Conformément
aux engagements de la Mauritanie contractés dans le cadre des conventions
internationales des droits de l'homme, le Gouvernement entend sévir contre la
persistance de toutes les pratiques susceptibles de nuire à cet essor et en
particulier la traite des personnes. Celle-ci constitue un handicap majeur pour
l'émancipation de toutes les couches de la population et un frein sérieux à
tout développement harmonieux et équitable.
Soucieuse de
combattre les nouvelles formes de traites des personnes, elle qualifie le
proxénétisme de crime, naguère considéré comme un délit par l'article 311 du
Code Pénal.
Ce texte se
distingue également par le cumul de la peine privative de liberté, la déchéance
des droits civils et civiques et l'amende pécuniaire contre les auteurs de
cette pratique infamante.
La loi organise
la lutte contre la traite des personnes par une définition claire et précise de
cette infraction devenue un crime; l'exclusion du caractère absolutoire du
consentement de la victime et aggrave sa répression lorsque celle-ci est un
enfant.
Cette loi est
le dernier acte pris par le gouvernement pour améliorer de façon graduelle,
continue et adaptée la situation de l'enfant. Elle constitue la partie visible
de l'édifice normatif et institutionnel de la sauvegarde des droits de l'enfant
qu'il convient d'analyser pour déterminer l'importance doit jouit celui-ci dans
le dispositif institutionnel mauritanien (II). Mais, auparavant, il échoit, de
mettre en exergue le contexte dans lequel cette loi est intervenue avant
d'analyser le système de protection de l'enfant dont elle n'est qu'un élément.
(I).
2.1. L'affirmation des libertés individuelles et
collectives
2.1.1. La réforme de la justice
La Mauritanie a
adopté le 20 juillet 1991 une constitution qui restaure l'État de droit,
rétablit les libertés fondamentales, instaure la démocratie pluraliste,
consacre l'indépendance du pouvoir judiciaire, ce qui confère aux droits de
l'homme un caractère constitutionnel fort
La séparation
des pouvoirs a vu l'émergence d'une justice indépendante dynamique capable de
véhiculer un développement socioéconomique performant.
Une réforme de
la justice a été initiée par le président de la République Président du Conseil
Supérieur de la Magistrature. Les priorités de celle-ci ont été : l'amélioration
du cadre juridique, la spécialisation des juridictions, la célérité et
l'efficacité du fonctionnement de la justice, la construction des
infrastructures judiciaires, la formation des magistrats et personnels
judiciaires.
Les efforts
accomplis par l'État dans le cadre du développement de la justice ont contribué
à:
1. consolider
l'État de droit ;
2. créer
les conditions optimales d'un cadre législatif et réglementaire propice aux
succès des politiques économiques et des activités financières et commerciales ;
3. assurer
une meilleure cohésion sociale et nationale par le renforcement des fondements
et la recherche constante de l'efficacité et de l'efficience de la
justice ;
4. restaurer
la crédibilité et la confiance du citoyen dans la justice ;
5. améliorer
la justice de proximité.
Les
résultats escomptés de cette réforme se sont déjà fait ressentir positivement
sur le système judiciaire : révision de la carte judiciaire qui a vu la
création de chambres spécialisées au niveau des différents degrés de
juridictions : (chambre administrative, chambre civile, chambre
commerciale, chambre pénale, chambre
des mineurs, cabinet d'instruction des
enfants); rap-prochement de la justice des justiciables par la mise en
place de l'aide juridique, renforcement et toilettage des textes.
C'est ainsi que
la Mauritanie possède :
1. une
législation des affaires complète qui, outre un code des investissements
attractif et un code de commerce exhaustif, comprend un code de l'arbitrage qui
répond aux préoccupations du milieu des affaires ;
2. un Code
de Procédure Civile Commerciale et Administrative simplifié et adapté à la
célérité des jugements;
3. un Code
des Obligations et des Contrats qui régit la variété des transactions
juridiques inhérentes à une société en pleine mutation économique;
4. un code
de l'organisation judiciaire qui introduit un système judiciaire spécialisé
capable de trancher tous les litiges quelle que soit leur nature;
5. une loi
sur les frais de justice qui allège et réduit le coût de l'accès au prétoire;
6. un code
du statut personnel qui organise les rapports de la société sur des bases
juridiques consensuelles et définit clairement les obligations et droits de
chaque individu ainsi que les moyens de les préserver;
7. la
confection de la mallette du magistrat qui possède désormais l'ensemble des
textes juridiques indispensables pour l'exercice de sa mission et très
prochainement une loi portant protection pénale de l'enfant (comprenant un code
pénal et une code de procédure pénale pour enfant) ainsi qu'un règlement
intérieur des centres de rééducation des enfants en conflit avec la loi.
Dans le domaine
des ressources humaines la réforme de la justice s'est caractérisée par :
1. le
recrutement qualitatif et quantitatif d'un nombre suffisant de magistrats;
2. le
recrutement de greffiers et greffiers en chef indispensables pour le
fonctionnement du service public de la justice,
3. la
libéralisation des professions de notaires, d'huissiers de justice;
4. l'organisation
de la profession d'expert judiciaire en vue notamment de réduire les délais
d'instance dont la longueur est de nature non seulement à remettre en cause le
principe de l'égalité des justiciables mais également d'entretenir la suspicion
à l'endroit des juridictions.
5. l'élaboration
d'un statut de la magistrature qui assure son indépendance et garantit son
autonomie conformément à la constitution.
Enfin, la
création des bureaux d'accueil et d'information, les campagnes médiatiques et
la publication des nouveaux textes ont été les grandes étapes d'une campagne
d'information, d'éducation et de communication qui a contribué à la
connaissance par les citoyens de leurs droits et obligations, d'appréhender et
de donner leurs points de vue sur l'organisation et le fonctionnement des institutions
judiciaires ainsi que les enjeux de la réforme.
Fort de ces
acquis et conscient des efforts qui restent à fournir, le département de la
justice a amélioré sensiblement et profondément la formation du personnel
judiciaire garant de la réussite de la réforme de la justice. Outre la famille
judiciaire, les justiciables ont été encore plus ciblés par la réforme dont ils
sont les destinataires et à la réussite de laquelle ils ont contribué grâce à
leurs opinions et analyses sur ses différentes étapes en orientant les efforts
des pouvoirs publics dans le sens d'une réforme à laquelle ils adhèrent et qui
répond à leur idéal de justice.
En plus d'une
législation économique quasi complète, un cadre juridique et judiciaire
harmonieux et apte à trancher tous les litiges, un personnel judiciaire en
phase de spécialisation, des textes complémentaires, des procédures
simplifiées, des justiciables informés et des juridictions accessibles, l'État
a posé les bases d'une justice porteuse de démocratie et d'essor économique et
social. Celle-ci protège efficacement les droits des citoyens et permet aux
plus démunis de participer pleinement à l'essor de leur pays. De par la
sécurité quelle confère aux investisseurs nationaux et étrangers, la justice
contribue au développement économique national.
2.1.2. Les transformations politique et sociale
Depuis
l'adoption par référendum de la constitution pluraliste du 20 juillet 1991, la
Mauritanie a instauré une démocratie, dynamique, pluraliste et participative.
La vitalité de celle-ci est attestée par le déroulement régulier d'élections
transparentes. Par ailleurs, toutes les composantes du peuple mauritanien
participent à la gestion des affaires du pays.
Tous les partis
politiques exercent pleinement leurs activités sans aucune entrave et la
liberté de presse est, aujourd'hui, concrétisée par l'existence d'une presse
libre et indépendante.
Tous les
mauritaniens, quelle que soit leur origine sociale, leur niveau d'instruction
et leur appartenance politique sont éligibles et électeurs.
Pour élargir la
participation de tous les acteurs politiques dans la gestion des affaires
publiques, le gouvernement a introduit récemment la proportionnelle dans le
système électoral permettant ainsi à tous les partis politiques d'être
représentés dans les différentes institutions du pays.
La Mauritanie
est l'un des rares États d'Afrique dont l'opposition est présente dans les
institutions politiques, parlementaires et communales.
Cependant, à
l'instar de toutes les sociétés africaines, la Mauritanie a connu une forme de
stratification sociale dont le gouvernement combat vigoureusement les
survivances en vue d'éliminer le tribalisme, le régionalisme et toutes les
autres formes de sectarisme.
Pour éradiquer
toutes les disparités sociales et intégrer autant que faire se peut les couches
les plus déshéritées de la population dans la vie active le Commissariat aux
Droits de l'Homme, à la Lutte contre la Pauvreté et à l'Insertion exécute
présentement un programme ambitieux d'amélioration des conditions de vie des
populations les plus démunies.
Des actions de
développement de l'éducation, de la santé et du bien-être social bénéficient
aujourd'hui à toutes les composantes de la population quelle que soit leur
origine. Elles se sont traduites par l'accès à l'eau potable, la généralisation
de l'enseignement et son caractère obligatoire, l'amélioration de la couverture
sanitaire et l'intégration de la femme dans le processus de développement.
Dans cette optique,
l'identification des droits de l'enfant fut placée au centre de l'arsenal
juridique mauritanien, la loi n° 025/2003 du 17 juillet 2003 portant répression
de la traite des personnes contribue fort bien à leur préservation en cernant
les menaces susceptibles de troubler la quiétude des enfants.
La loi n°
025/2003 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes
s'inscrit dans une perspective protectrice de l'ensemble des droits de la
personne en bannissant toutes les formes de traite humaine, y compris ses
aspects contemporains que les législations classiques, souvent fondées sur des
principes répressifs rigides et obsolètes ne couvrent plus aujourd'hui. Son
article 1er est explicite à cet égard, même si les manifestations de
la traite humaine sont multiples et complexes. Il dispose que : « Nonobstant les définitions prévues par les
traités et conventions internationaux relatifs aux droits de l'homme ratifiés
par la Mauritanie, l'expression "traite des personnes" désigne
l'enrôlement, le transport, le transfert de personnes par la force ou le recours
à la force ou à la menace ou à d'autres formes de contraintes, par enlèvement,
tromperie, abus d'autorité ou l'exploitation d'une situation de vulnérabilité
ou par l'offre de l'acceptation de paiement ou d'avantage pour obtenir le
consentement d'une personne ayant autorité sur une autre aux fins d'exploitation ».
Le terme
« vulnérabilité », employé
par cet article traduit le souci du législateur de faire une place de choix à
la personne de l'enfant dans le nouveau dispositif protecteur qu'il met ainsi
en place. En effet, qui d'autre que l'enfant est aujourd'hui, à travers la
problématique juridique interne et internationale, objet d'une attention
particulière à cause de la vulnérabilité de sa personne et de l'impassibilité
du monde dirigé par des individus dont l'essor, des enfants, hommes de demain,
n'a pas toujours été la préoccupation principale.
En bâtissant la
lutte contre la traite humaine sur la prise en charge de la vulnérabilité, le
législateur mauritanien fait, d'une part, preuve d'originalité et de bon en
sens en s'inscrivant dans une optique évolutive de la société contemporaine qui
commence à se mobiliser pour assurer un monde meilleur à ses enfants gage de sa
pérennité. D'autre part, il dote la lutte contre la traite des êtres humains
d'un instrument d'appréciation qui permet au juge de sévir contre tous ceux qui
auront d'une façon ou d'une autre participé directement ou indirectement de
manière aussi infime soit-elle, tiré profit ou eu vent de cette pratique dégradante
sans la dénoncer.
Le renforcement
de l'arsenal juridique mauritanien, déjà riche d'un code pénal et d'un code de
procédure pénale préfigure l'existence de menaces contre les droits de
l'enfant. Celles–ci sont inhérentes à la mutation de la société moderne
caractérisée par le passage d'une vie nomade à celle d'un système
postindustriel. Elles se résument essentiellement à la vulnérabilité des
enfants en situation difficile, des enfants mendiants, du travail des enfants
et à leur exploitation sexuelle à des fins commerciales.
2.2.1. Les enfants en situation difficile
Terme
générique, qui englobe l'ensemble des enfants ayant ders difficultés à
s'intégrer dans le tissu social, l'expression « enfants en situation difficile » sera, pour les besoins de la
cause, circonscrite aux enfants de la rue. Ceux-ci sont, de par leur
vulnérabilité, susceptibles de toutes les formes de traite humaine et la loi n°
025/2003 du 17 juillet 2003 prévient ce risque en disposant dans son article
que : « l'enrôlement, le
transfert, l'hébergement ou l'accueil d'un enfant aux fins d'exploitation sont
considérés comme une "traite des personnes" même s'ils ne font appel
à aucun des moyens énoncés à l'article 1er »
En
effet, le phénomène des enfants de la rue prend de l'ampleur dans les grandes
villes du pays notamment Nouakchott (la capitale politique), Nouadhibou (la
capitale écono-mique) et Rosso (ville frontalière et ayant une façade
fluviale). Par ailleurs, l'exode rural, les difficultés économiques et sociales
liés à l'installation des nomades en ville constitue un terreau favorable à
l'exploitation de ces enfants dont les parents sont, le plus souvent, démunis.
L'échec scolaire patent et la délinquance galopante chez ces enfants seront,
quelque peu, ralentis par les mesures coercitives et dissuasives de la loi
n° 025/2003 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes
qui incrimine les auteurs de leur traite et la négligence des parents des
enfants. La même rigueur est également observée à l'égard des parents des
enfants mendiants.
2.2.2. Les enfants mendiants
Le défaut du
versement quotidien se traduit par le choix entre la vie dans la rue, avec le
risque de toutes les formes de traite, et le châtiment corporel d'une violence
inouïe. Par ailleurs, souvent les enfants, qui réussissent l'exploit de réunir
la somme nécessaire sont toujours mal nourris, sous alimentés et s'entassent
dans des abris de fortune mis à leur disposition par le maître sans aucune
mesure d'hygiène. Leur niveau académique est, à l'issu de ce séjour, quasi-nul
La combinaison
des articles 1, 2 et 3 de la loi n° 025/2003 du 17 juillet 2003 portant
répression de la traite des personnes, permet d'incriminer les intervenants
aussi bien passifs qu'actifs dans ce processus qui seront punis et ne pourront
plus invoquer le consentement de la victime ou de ses tuteurs pour se dérober à
la loi.
2.2.3. Le travail des enfants
Malgré
la ratification des conventions internationales par la Mauritanie, le travail
des enfants semble être érigé en une pratique par les particuliers. En effet,
le phénomène des filles domestiques ne gène personne aujourd'hui, chacun semble
y trouver son compte, l'employeur qui a une main d'œuvre à bon marché et les
parents de la domestique qui améliorent leur rendement mensuel grâce au pécule
que rapporte leur progéniture chaque fin de mois. Cependant, cette pratique
répugnante et exploitante pour l'enfant tombe désormais sous le coup de la
nouvelle loi qui punit les parents et l'employeur même en cas de consentement
de l'enfant. Gageons que cela sera suffisant pour décourager les patrons véreux
et les parents négligents.
2.2.4. L'exploitation sexuelle des enfants à des
fins commerciales
L'exploitation
sexuelle des enfants à des fins commerciales est un phénomène marginal et
relativement récent en Mauritanie. Les seules manifestations connues de cette
pratique, dans des circonstances bien précises, sont le mariage précoce forcé
et le viol des filles. Cependant depuis quelques années, le phénomène est
entrain de s'introduire dans le pays à travers notamment la prostitution des
enfants avec des réseaux internes relativement bien organisés, le trafic des
enfants à des fins sexuelles, la prostitution à domicile et le tourisme sexuel.
Ces pratiques, encore à l'état embryonnaire, dénotent cependant de la persistance
du phénomène et de son éclosion future si des mesures ne sont pas prises.
L'esprit général de la loi n° 025/2003 du 17 juillet 2003 portant répression de
la traite des personnes cerne ces pratiques et les incrimine à travers ses cinq
premiers articles, car initialement la traite punie par la loi concerne
essentiellement la pratique primitive de la prostitution des femmes.
Aujourd'hui avec la modernisation et la diversification des formes de cette
activité, le législateur mauritanien a adapté sa réaction à la nature de la
lutte contre les menaces qui pèsent sur l'enfant et à l'importance qu'il veut
lui accorder dans le dispositif institutionnel.
3. Protection de l'enfant dans le système
normatif et institutionnel mauritanien
La protection
de l'enfant est devenue une donnée constate du système normatif et
institutionnel mauritanien. L'apport de la loi n° 025/2003 du 17 juillet 2003
portant répression de la traite des personnes est substantiel à cet effet. Elle
s'inscrit dans un ensemble de mesures prises par l'État pour sauvegarder les
droits de l'enfant.
3.1. L'apport de la loi n° 025/2003 du 17
juillet 2003 portant répression de la traite des personnes
La loi n°
025/2003 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes
s'inscrit dans le cadre de l'instauration d'une société égalitaire offrant à
tous les mêmes conditions de promotion sociale. Elle concrétise le projet de
société tracé par la Mauritanie pour protéger ses enfants
L'article 1er
se réfère aux engagements internationaux contractés par la Mauritanie. Parmi
lesquels, d'ailleurs les traités et conventions relatifs aux enfants occupent
une place importante. Cela constitue, déjà un gage de la volonté du pays de
lutter contre cette pratique en ayant à l'esprit l'efficacité de la protection
de ses enfants. Il utilise l'expression enrôlement,
qui implique la contrainte, comme étant constitutif de la traite des personnes.
Cette expression, a été préférée sciemment par le législateur à celle de "recrutement" qui signifie l'adhésion
à une action, parce qu'elle maximalise l'efficacité de la lutte contre la
traite des enfants.
Ensuite, le
législateur n'a pas utilisé les situations d'hébergement et d'accueil des
personnes majeures parce qu'elles ne sont pas susceptibles de constituer le
crime de traite des personnes, car les bénéficiaires ne sont point menacés
étant donné qu'ils bénéficient d'avantages à titre gratuit. Par contre, elles
sont constitutives de l'infraction quant il s'agit des enfants.
L'expression
« par la force ou le recours à la
force ou à la menace… » est explicite, car elle implique une
aliénation de la volonté de la victime.
Par ailleurs,
dans un souci d'équité, la loi distingue entre l'interdiction du prélèvement
d'organe effectué à titre curatif et celui opéré à titre lucratif qui lui est
interdit et ne peut point bénéficier ni préjudicier à un enfant.
L'expression
usuelle « consentement de la victime
est nul et non avenu » est mise en exergue par le législateur pour
montre la pertinence de l'inexistence de mesures absolutoires dans ce cadre
même en cas d'accord de celui qui subit la traite.
L'utilisation,
à nouveau, dans d'autres articles de la loi, de l'expression « enrôlement » traduit l'idée de la
sévérité de la réaction sociale et dénote la continuité du raisonnement du
législateur mauritanien qui accentue encore la traque des trafiquants d'êtres
humains.".
Enfin, le
législateur ne définit pas l'enfant. Dans un souci d'efficacité, il se conforme
aux conventions et accords internationaux ratifiés par la Mauritanie pour élargir
autant que faire se peut, la protection dont celui-ci peut jouir. Cette
attitude est louable, car, outre le fait que la législation nationale reste
encore en deçà de ce qui est souhaité pour son harmonisation avec la Convention
relative aux Droits de l'Enfant, elle ne définit point celui-ci. En s'en tenant
aux conventions internationales, le législateur permet donc aux magistrats et
aux institutions chargées de la protection des droits des enfants de puiser
dans un arsenal juridique international, fortement teinté, depuis quelques
années, par le souci de préserver les droits des enfants pour les protéger. Par
conséquent la définition de l'enfant, utilisée par la loi n° 025/2003 du 17
juillet 2003 portant répression de la traite des personnes, est celle prévue
par les textes spécifiques à l'enfant ainsi que les conventions internationales
auxquelles elle se réfère. Ce qui accentue donc son efficacité et contribue à
une protection plus large des droits de l'enfant.
L'article 5
organise la répression de la traite des personnes qui cumule, en plus de la
peine privative de liberté, une sanction pécuniaire et rend automatique la
déchéance des droits civils et civiques pour les auteurs de traite des
personnes. La sanction des auteurs de traite de personnes appartenant à un
groupe criminel organisé est également intégré et prise en considération dans
cet article en aggravant leur situation.
Par un heureux
aménagement de la loi, le législateur n'a pas réglementé la prévention et
l'enquête relatives à la traite des personnes qui n'ont pas de place à ce stade
d'une loi répressive. Le Code de Procédure Pénale est déjà explicite sur ces
procédures. Par ailleurs, la poursuite et l'extradition des auteurs de cette
infraction en dehors du territoire mauritanien sont organisées par la
coopération judiciaire internationale en matière pénale régie par des traités
bilatéraux et multilatéraux qui font partie de l'arsenal juridique protecteur
de l'enfant.
3.2. L'arsenal juridique protecteur des droits
de l'enfant
Depuis plus d'une
décennie, la protection des droits de l'enfant est devenue un cheval de
bataille des autorités mauritaniennes qui y voient un moyen de pérenniser le
développement du pays. La défense de l'enfant et sa protection contre tous les
dangers d'ordre économique social et politique susceptibles de nuire à son
épanouissement sont l'objet d'une lutte drastique. C'est ainsi que des mesures
économiques, politiques et législatives attestent cette nouvelle donnée
caractéristique du système mauritanien. C'est ainsi que le renforcement de la
protection de l'enfant est largement aidé par l'amélioration des droits de la
femme et l'institutionnalisation de la protection des enfants
3.2.1. Amélioration des droits de femmes pour
sauvegarder ceux des enfants
La protection de la famille, cellule de
base de la société, passe par la protection des droits de la femme. Dans le
préambule de la constitution du 20 juillet 1991 « le peuple mauritanien proclame en particulier la garantie des
droits attachés à la famille, cellule de base de la société islamique ».
Pendant toute la période 1990-2002, la
Mauritanie a connu une véritable mutation en matière de promotion des droits de
la femme. D'une part, les orientations politiques du gouvernement ont insisté
sur la Promotion et la Protection des droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels de la femme à travers l'élaboration et la mise en œuvre de
la Stratégie de Promotion Féminine axée dur l'adoption d'une politique de la
famille, l'amélioration de la rentabilité du travail des femmes, l'augmentation
de la participation des femmes et des organisations féminines dans les
instances de développement à la base. D'autre part l'État a élaboré une
stratégie d'Information, Éducation et Communication (IEC) en accompagnement de la
mise en œuvre de cette stratégie et le renforcement institutionnel du
Secrétariat d'État à la Condition Féminine.
Sur le plan normatif, l'État d'abord
ratifié la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
à l'égard des femmes (CEDEF) en 1999 avec , toutefois, une réserve de
conformité de cette convention avec la Charia (droit musulman). Ensuite, il a
organisé une campagne de sensibilisation des femmes sur les normes et principes
définis par le CEDEF. Enfin, la promulgation, en 2001, du Code du Statut
Personnel, qui définit les règles et les normes susceptibles de limiter les
anachronismes et et l'anarchie qui règnent au niveau du divorce, de la garde
des enfants, de l'entretien et du logement de l'épouse a constitué le début
d'un plaidoyer continu indispensable pour faire évoluer les textes en vigueur
dans le sens des normes internationales et protéger par la même les droits des
enfants.
3.2.2.
Institutionnalisation de la protection des droits des enfants
La
vulnérabilité de l'enfant se traduit par sa dépendance vis – à – vis de ses
parents ou ses représentants légaux ainsi que par l'environnement juridique,
économique et social dans lequel il se trouve. En Mauritanie, malgré un
contexte de pauvreté et d'analphabétisme assez prononcé, l'enfant bénéficie
d'une protection juridique, économique et sociale certaine. Celle-ci est
matérialisée d'une part par la ratification de la Convention des Droits de
l'Enfant (CDE) et l'adhésion à ses deux protocoles facultatifs relatifs
respectivement à la vente des enfants et leur exploitation sexuelle à l'implication
des enfants dans les conflits armés. D'autre part, la garantie des droits
civils de l'enfant est assurée par le Code des Obligations et des Contrats qui
dispose en son article 16 que « l'enfant
jouit de ses droits civils à condition qu'il naisse viable ».
L'interdiction de l'enrôlement, du transfert, de l'hébergement, ou l'accueil
d'un enfant aux fins d'exploitation, qui sont considérés comme une traite des
personnes par la loi n° 25/2003 portant répression de la traite des personnes,
assure une autre protection de l'enfant contre toutes les formes de traite.
Le système
juridique et judiciaire mauritanien est également adapté à la protection des
droits de l'enfant. C'est ainsi que, d'abord l'avortement, l'infanticide,
l'enlèvement des mineurs, l'abandon d'enfant et son commerce sont sévèrement
réprimés par le Code Pénal. Ce dernier consacre, cependant, l'excuse de
minorité et des circonstances atténuantes lorsqu'il s'agit de juger un enfant auteur
d'infraction. Dans cette optique d'ailleurs, le Code du Travail a été révisé
pour l'adapter au contexte international relatif au travail des enfants.
Ensuite, le jugement des enfants et leur détention sont régis par des mesures
spécifiques. D'une part, 13 juridictions et cabinets d'instruction pour enfants
ont été créés à travers les plus grandes villes du pays pour instruire et juger
les cas des enfants et d'autre part, un centre de rééducation des enfants en
conflit avec la loi, dont le règlement intérieur vient être fixé par l'arrêté
R01524 du 9 septembre 2003 portant règlement intérieur des centres de
rééducation des enfants en conflit avec la loi, consacre le principe de la
séparation des adultes et des mineurs en milieu carcéral. Ce principe est
concrétisé dans les maisons d'arrêt par des pavillons réservés aux enfants.
Enfin la loi n°
054/2001 du 19 juillet 2001 fait obligation aux parents d'enseigner leurs
enfants en âge de scolarisation.
Cet arsenal
normatif est soutenu par le dynamisme de la société civile qui œuvre pour la
promotion du droit des enfants. Il s'agit notamment, entre autres, du Conseil
National pour l'Enfance (CNE), du Groupe Parlementaire Mauritanien pour
l'Enfance (GPME), de l'Initiative des Maires Mauritaniens défenseurs des droits
de l'Enfant, de l'Association des Imams pour la défense des Droits de l'Enfant
qui se regroupent désormais en réseaux efficaces et bénéficient de formation
sur les droits de l'enfant.
4. Conclusion
Le respect des droits
de l'homme commence par la manière dont une société traite ses enfants. Une
société qui se soucie des enfants leur offrira la liberté et la dignité, en
créant des conditions qui leur permettent de développer toutes leurs
potentialités et d'être prêts à mener une vie d'adulte pleine et satisfaisante.
C'est à ces valeurs
qu'il conviendrait, sans doute, de rattacher les nombreuses mesures prises ces
dernières années en faveur de l'enfance et qui placent la Mauritanie,
incontestablement à l'avant-garde de ce que les pays peuvent faire en ce
domaine en vue de la promotion du statut des enfants au sein de la famille et
de la société en général. Des mesures et une attention qui ne révèlent pas
seulement que la Mauritanie est capable de compassion et d'action humanitaire
envers ses enfants mais qu'elle a un sens de l'histoire, qu'elle est engagée
vers l'avenir et veut améliorer la condition humaine de ses générations futures.
L'adoption
récente de la loi n° 025 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des
personnes, sans doute, le point de départ d'une démarche ordonnée consistant à
donner une nouvelle impulsion à l'ensemble des programmes jusque-là mis en
œuvre en faveur de l'enfance, en vue de parvenir à un meilleur alignement de la
législation et de la politique nationale avec les règles et principes proclamés
par la Convention Relative aux Droits de l'Enfant.
Cependant,
au-delà de leur importance et de leur diversité, ces lois et mécanismes, même
s'ils constituent la marque la plus édifiante de l'attention dont a fait preuve
l'État en faveur de l'enfance, sont aujourd'hui d'une application réduite.
Oeuvre tout à fait exceptionnelle et reflet de ce qu'une société peut faire de
mieux en matière de protection et de promotion des générations futures, ces
initiatives procèdent d'une éthique nouvelle selon laquelle l'enfant, en raison
de sa faiblesse tant physique que morale, est titulaire d'une créance de
protection à l'égard de la société toute entière. Aussi parents, communauté et
établissements publics et privés du large réseau de la santé, de l'éducation et
des services sociaux et judiciaires sont-ils invités à unir leurs efforts pour
que le moment de l'enfance soit réellement le moment qui permettra à l'enfant
d'inscrire éternellement l'humanité dans sa confiance.
Autant de responsabilités
complé-mentaires, d'actions préventives et, le cas échéant, des formes
d'interventions pertinentes qui doivent être conjuguées en vue de trouver, à
temps utile et dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant, les
solutions adéquates à nombre d'enfants vivant parfois des situations difficiles
qui compromettent leur sécurité et leur développement. L'adoption de la loi
portant protection pénale de l'enfant, qui comprend un code de procédure pénale
pour enfant et un code pénal pour enfant, peut déjà permettre d'assurer une
certaine effectivité aux droits et systèmes protecteurs des mineurs en réprimant
ceux qui n'auront pas respecté leur statut.
Gageons que les
pouvoirs mauritaniens soucieux de mener jusqu'à son terme le processus
d'intégration de l'enfant hâteront cette adoption pour la faire figurer en
bonne place dans le rapport d'évaluation de l'exécution de la Convention
relative aux droits de l'enfant que la Mauritanie est actuellement en train
d'élaborer pour le présenter au Comité de Genève sur le suivi de l'application
de la CDE.
Haimoud Ramdan
ANNEXE
Honneur-fraternité-justice
Présidence de la République
Visa de la Législation
Loi
n° 025/2003 portant répression de la traite des personnes
L'Assemblée Nationale
et le Sénat ont adopté:
Le Président de
la République promulgue l a loi dont la teneur suit:
Chapitre premier: dispositions générales
Article 1er :
Nonobstant les définitions prévues par les traités et conventions
internationaux relatifs aux droits de l'homme ratifiés par la Mauritanie,
l'expression "traite des personnes"
désigne l'enrôlement, le transport, le transfert de personnes par la force ou
le recours à la force ou à la menace ou à d'autres formes de contraintes, par
enlèvement, tromperie, abus d'autorité ou l'exploitation d'une situation de
vulnérabilité ou par l'offre de l'acceptation de paiement ou d'avantage pour
obtenir le consentement d'une personne ayant autorité sur une autre aux fins
d'exploitation.
L'exploitation
comprend au minimum le travail non rémunéré, le travail ou les services forcés
ainsi que les pratiques analogues, le prélèvement d'organe à des fins
lucratives, l'exploitation de la prostitution d'autrui ou d'autres formes
d'exploitation sexuelle.
Chapitre deuxième: Dispositions particulières
Article 2:
Le consentement d'une victime de la traite des personnes à l'exploitation est
réputé nul et non avenu lorsque l'un des moyens énoncés à l'article précédent a
été utilisé.
Article 3:
L'enrôlement, le transfert, l'hébergement ou l'accueil d'un enfant aux fins
d'exploitation sont considérés comme une "traite des personnes" même s'ils ne font appel à aucun des
moyens énoncés à l'article 1er.
Chapitre troisième: Dispositions pénales
Article 4:
La commission de l'un des actes énoncés aux articles 1, 2 et 3 constitue le
crime de la traite des personnes.
Article 5:
En plus de la déchéance de leurs droits civils et civiques, les auteurs des
crimes de la traite des personnes seront punis des travaux forcés à temps de
cinq à dix ans et d'une amende de 500.000 à 1.000.000 ouguiyas.
Seront
également punis de la même peine, ceux qui auront conclu une convention ayant
pour objet d'aliéner, soit à titre gratuit, soit à titre onéreux, la liberté
d'une tierce personne.
Seront
condamnés aux mêmes peines et à une amende de 600.000 à 1.200.000 ouguiyas les
auteurs de cette infractions appartenant à un groupe criminel organisé.
Chapitre quatrième: Dispositions finales
Article 6:
La présente loi abroge toutes les dispositions antérieures qui lui sont
contraires.
Article 7:
La présente loi sera publiée au Journal Officiel et exécutée en tant loi
d'État.
Nouakchott
le 17 juillet 2003
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
MAAOUIYA OULD SID'AHMED TAYA
PRIX VEILLARD-CYBULSKI
2006
L'Association Fonds Veillard-Cybulski,
a comme but, notamment, de récompenser des travaux
particulièrement méritants, surtout ceux qui apportent une contribution
novatrice au perfectionnement des méthodes de traitement des enfants et
adolescents et de leur famille en difficulté.
A cet effet, elle a institué un Prix Veillard-Cybulski.
Règles (résumé)
• Le prix est décerné tous les 4 ans à l'occasion du congrès quadriennal de l'Association
Internationale des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille (AIMJF).
• Les travaux des candidats sont remis en français, anglais ou espagnol, en
quatre exemplaires, avec un résumé de dix pages au plus, à l'adresse de
l'Association Fonds Veillard-Cybulski.
• Le prochain prix sera décerné en 2006. Les
travaux doivent parvenir au plus tard le
31 octobre 2005. Ils ne seront pas restitués.
• Le
lauréat recevra un prix de CHF 10'000 (dix mille francs suisses). Le Comité
de l'AFVC détermine, le cas échéant, le montant du second prix. Au cas où des
lauréats seraient classés ex-æquo, il serait procédé à un partage entre eux,
sans que le montant total des prix ne soit augmenté.
Sion,
novembre 2002
Les candidatures doivent parvenir à l'Association Fonds
Veillard-Cybulski
à l'adresse ci-dessous au plus tard le :
31 OCTOBRE
2005
Toute demande d'information est à envoyer à l'adresse suivante:
Association Fonds
Veillard-Cybulski
c/o Institut
international des Droits de l'Enfant (IDE)
Case postale 4176,
CH-1950 Sion 4 - Suisse.
Tél: (+41)
27-205.73.00; Fax: (+41) 27-205.73.02. Email : ide@iukb.ch
"GARANTIR LE
RESPECT DE LA VIE PRIVÉE
DES ENFANTS VICTIMES
DU CRIME" (*)
Prof.
Dr Ricardo Angel Basilico.
Juge de Mineurs,
Argentine
Le sujet de l'enfant en tant que victime de la criminalité
peut être abordé d’une perspective générale, comme c'est le cas avec les
systèmes procéduraux existants. Les systèmes juridiques nationaux et
latino-américains reconnaissent les droits et les garanties offertes aux
victimes adultes du crime, mais sans oublier le besoin de s'orienter vers la
promulgation de législation spécifique qui prend en compte la mise en œuvre de
la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l'Enfant. Des piliers
centraux dudit traité sont les droits définis comme les 3 P: Prestation, Protection et Participation. Ces
piliers ont trois éléments de base: a) réaffirmer l'application de droits
spécifiés, b) fixer des standards plus rigoureux pour leur application c) fixer
des standards spécifiques dans des domaines spécifiques applicables aux enfants,
et avant tout établir le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant en tant
que garantie.
Parmi les éléments mentionnés ci-dessus, la protection de la
vie privée s'avère l'un des plus controversés quand il s'agit d'enfants
victimes de crimes. L'on vient de faire du progrès en ce qui concerne le
respect que mérite la vie privée, on trouve qu'il n'est pas facile de résoudre
les conflits qui surgissent entre la vie privée et d'autres droits et libertés
qui, dit-on, auraient un statut égal ou supérieur.
Nous devons utiliser comme point de départ le sens de
"l'intérêt supérieur de l'enfant" afin de commencer à démêler la
complexité du sujet et d'atteindre une solution satisfaisante. Nous pouvons
définir le concept comme "la pleine satisfaction des droits". La
proposition avancée par la Convention - comme l'a bien signalé Cillero Bruñol -
prévoit "le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant comme une garantie
de l'application d'autres droits, qui, quand ils sont respectés, consacrent et
identifient les meilleurs intérêts de l'enfant; c'est-à-dire que le principe a
une signification dans la mesure où il existe des droits et des sujets de
droits et les autorités sont tenus de respecter ces droits"[2]
En ce qui concerne les institutions privées, elles doivent
aussi respecter "l'intérêt supérieur de l'enfant" et c'est le cas
"non pas parce que l'intérêt supérieur est considéré comme un atout pour
la société ou par tout autre concept de bien-être social ou de bonté, mais
plutôt parce que les enfants ont le droit, avant que des mesures ne soient pris
à leur égard, à des mesures qui promeuvent et protègent leurs droits, et non
pas des mesures qui portent atteinte à leurs droits."[3]
La Convention des Droits de l'Enfant est claire dans son
article 16 qui dit: "Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires
ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance,
ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. L'enfant a droit à
la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes."
Sur la base de ce concept de vie privé contenu dans la Convention, sans oublier
en aucun cas de considérer l'intérêt supérieur de l'enfant, il faut dire qu'il
est accepté qu'aucun droit n'est absolu; donc le problème se pose lorsque le
droit à la vie privé entre en conflit avec la liberté d'expression et d'information.
En ce
qui concerne le droit comparé, l'Espagne consacre, dans l'art. 20.4 de sa
Constitution, ce principe général, pourtant ces libertés (la liberté
d'expression et d'infor-mation) sont limitées par les droits énumérés dans
l'Article I de la Grande Charte Espagnole et notamment par les droits à
l'honneur, la vie privée et l'image de soi, ainsi que la protection des jeunes
et des enfants. Il faut accorder à ces droits une protection plus forte, car
ils sont les droits les plus susceptibles d'être compromis au regard des
principes de l'article 20 de la Constitution.
En examinant la situation de plus près, on commence à
apercevoir comment la législation de divers États, les Constitutions et les
décisions des Tribunaux sont en train d'ouvrir la voie vers l'harmonie entre
les droits et les responsabilités au sein du système juridique. Un exemple
d'une avancée salutaire dans une cette direction sont les résolutions de la
Cour constitutionnelle du Costa Rica, qui en utilisant la "théorie des
limites" du droit espagnol, a affirmé clairement que "l'informa-tion
en tant que droit se heurte à des limites claires dans les domaines de la vie
privée, l'honneur, l'image de soi et le principe de la présomption
d'innocence."[4]
Dans notre pays, on a essayé, dans certains cas,
incorrectement à mon avis, de mettre le droit de l'enfant à la vie privée,
stipulé par l'article 16 de la Convention des Droits de l'Enfant et incorporé
dans l'article 75 de la Constitution Nationale, sur un pied d'égalité avec la
liberté de la presse et d'information (accompagnée le plus souvent par des
images), ancrée dans les articles 14 et 32 de notre Loi fondamentale.
Si en principe on peut voir cette question en tant qu'un
conflit de droits, c'est-à-dire la liberté de la presse et le droit à la vie
privée, je considère, pour ma part, que le premier devrait céder et donner la
priorité au second. De même, cette doctrine a été proclamée lorsque des enfants
ou des adolescents se trouvent impliqués, avec l'affirmation claire que:
« il est évident que le droit à la vie privée, un des droits les plus
personnels, a une plus haute priorité que la liberté d'exprimer des idées à
travers la presse; pour cette raison, il faut donner la priorité au droit à la
vie privé, qui doit l'emporter sur l'autre. »[5]
Il n'y a donc aucun doute qu'en cas de conflit entre le
droit des enfants à la vie privée et la liberté de la presse et d'information,
il faut donner la priorité au premier - lorsque des mineurs sont impliqués, la
question de "l'intérêt supérieur de l'enfant" est incontournable.
C'est un principe de garantie qui doit être utilisé pour la prise de décisions
lorsqu'un conflit de droits se déclare, et qui doit être respecté par les institutions
publiques et privées.
Dans notre législation, ainsi que celle de Mendoza et de
Chubut, la Loi 4347 sur la "Protection totale de l'enfance et de la
jeunesse", la position prise sur les droits et les garanties dont
bénéficient les enfants et les adolescents est claire: "Aucun média de
communication social, public ou privé ne publiera ou ne diffusera
d'informations qui identifie ou qui puisse conduire à l'iden-tification d'enfants
ou d'adolescents qui sont auteurs ou victimes d'infractions pénales"
(l'art. 21 de la Loi 5347 de la Province de Chubut et l'art.12 de la Loi 6354
de la Province de Mendoza).
Ceci nous mène à la conclusion que sans vouloir restreindre
de droits, les droits doivent être exercés d'une façon appropriée, donc s'il y
a eu une attaque contre un droit très personnel (le droit d'un enfant à la vie
privée), on ne peut invoquer d'autres droits constitutionnels comme la liberté
de la presse. La doctrine courante et le système judiciaire abordent ce sujet
en affirmant que: "même en supposant que les deux droits peuvent s'opposer
de façon légitime (un droit très personnel et la liberté de la presse), lors de
la prise de décisions, la première considération doit être quel droit prend le
plus haut rang dans la constitution d'un point de vue des droits civiques.
C'est-à-dire qu'il est approprié de donner la priorité au droit à l'honneur et
à la vie privée plutôt qu'à la liberté de la presse".[6]
On ne saurait ignorer le fait qu'à une époque où les cas de
corruption publique sont en augmentation constante et prennent des dimensions
inquiétantes, le rôle de la presse est vital en rendant publiques les actions
des fonctionnaires gouvernementaux, jetant de la lumière sur de tels cas et en
diffusant les informations pertinentes.
De cette façon, la liberté de la presse s'avère aussi
"une base indispensable dans le cadre de la Suprématie du Droit"[7],
en le renforçant et en rendant transparentes les actions du gouvernement.
La liberté de la presse a souvent été étouffée d'une manière
injuste et sournoise par des États où règnent des régimes totalitaires.
Nous essayerons ensuite de placer les droits et les
garanties dans un ordre approprié, donc la liberté d'informer est un droit.
Cependant, ce droit n'est pas absolu et doit être respectueux d'autres droits
humains, dans ce cas le droit des enfants victimes de crimes à la vie privée;
dans ces cas la presse fait partie de la société et "l'intérêt supérieur
de l'enfant" est in intérêt de la communauté qui soit analysé en priorité
sur tout autre intérêt individuel.
Cet article a comme seul but de nous faire réfléchir sur
l'importance des droits humains très personnels que les Nations ont mis de
longues années à réaliser. Si ces droits sont mis en pratique d'une manière
adéquate et harmonieuse, ils améliorent le système de coexistence démocratique.
Prof. Dr Ricardo Angel Basilico.
EXPLORER LES
CAUSES DE LA CRIMINALITÉ JUVÉNILE
R. Barri
Flowers
R. Barri
Flowers est criminologue, écrivain sur le sujet de la criminalité et titulaire
d'une maîtrise
en justice pénale. Il est auteur de plus d'une
vingtaine de livres sur la criminologie et le droit.
La plupart des criminologues
modernes sont sans doute d'accord que la criminalité et la violence parmi les
jeunes est un problème mondial et grave, dont les racines sont à trouver dans
une combinaison de facteurs, corrélés d'ordre biologique, psychologique et
social. Si les explications de la conduite criminelle sont souvent examinées
individuellement, dans la réalité les causes et les effets ont typiquement des
aspects multiples ou des connexions à d'autres éléments. Parmi les approches
théoriques pour expliquer la criminalité juvénile qui attirent le plus
d'attention aujourd'hui il y a celles qui explorent des questions comme la
testostérone, l'hyperactivité, la masculinité et l'environnement. Mais on
considère souvent que même ces facteurs-ci agissent en conjonction avec
d'autres éléments variables pour provoquer ou promouvoir la conduite
antisociale.
Dans un article approfondi,
Barri Flowers examine certaines des hypothèses et
mécanismes plus objectifs pour expliquer la délinquance criminelle chez les
jeunes aujourd'hui. Malheureusement, il n'était pas possible de reproduire
l'article ici en entier en raison de la place limitée. Ce qui suit est une
version résumée de l'article de M. Flowers. Si vous désirez une copie de
l'article en entier, qui comprend de très nombreuses références, veuillez contacter: Barri Flowers < BarriBorn2Write@cs.com
Le Rédacteur
THÉORIES BIOLOGIQUES
Plusieurs perspectives biologiques sur la conduite criminelle des jeunes
ont cherché à l'expliquer par
une prédisposition génétique ou d'autres facteurs biologiques qui jouent un
rôle significatif dans la commission de crimes et d'actes délictueux. Des
recherches biologiques récentes ont été spécialement prometteuses, établissant
un lien entre le comportement antisocial et des anormalités, carences,
caractéristiques ou influences d'ordre biologique.
Ceux
qui avancent des théories héréditaires et biologiques
ont tendance à expliquer la conduite antisociale comme le résultat, dans une
certaine mesure, de la transmission génétique de certaines caractéristiques
mentales ou physiques d'une génération à l'autre. Il a été constaté que c'est
particulièrement vrai lorsqu'il s'agit de tendances violentes. Par exemple,
certaines études ont attesté un lien important entre la génétique et des
troubles de comportement. D'autres chercheurs ont trouvé que certaines
caractéristiques biologiques comme un poids faible à la naissance et des problèmes
périnataux peuvent conduire à une prédisposition à la
délinquance chez certains enfants.
Le lien entre les facteurs héréditaires
et la conduite antisociale a reçu le plus de soutien dans les études sur des
jumeaux. Les chercheurs ont trouvé un taux plus élevé de concordance criminelle
entre les jumeaux identiques.
Le
rôle de la génétique a aussi été analysé par des études sur l'adoption et les
familles d'accueil. Les chercheurs ont tiré la conclusion que la prédisposition
biologique à commettre des crimes a fait augmenter la probabilité qu'un enfant
deviendra un délinquant ou un criminel.
Les
recherches ont décelé une corrélation positive entre des
niveaux élevés de testostérone, la violence masculine et le comportement agressif. Dans une étude, les chercheurs ont découvert
que les prisonniers ayant les niveaux de testostérone les plus élevés étaient
les plus susceptibles d'avoir des antécédents pénaux violents, lorsque les
prisonniers ayant les niveaux les plus bas de testostérone avaient plus souvent
des antécédents pénaux non-violents.
Une
autre étude a décelé un niveau nettement plus élevé de testostérone chez des
jeunes hommes qui étaient agressifs en état d'ivresse, par rapport à ceux qui
n'étaient pas agressifs. Une étude des niveaux de testostérone dans la salive
chez des hommes et des femmes, dont le comportement était agressif ou
antisocial, a découvert que les hommes avaient cinq fois plus de testostérone
dans la salive que les femmes.
Il
a été démontré que l'hyperactivité est un facteur important de risque
biologique en ce qui concerne la conduite délictueuse et criminelle. À partir
d'un bas âge, l'hyperactivité - ou un niveau d'activité très élevé ou excessif
- est souvent liée à des tendances agressives, et fait augmenter le risque qu'un
enfant développera une personnalité antisociale ou des troubles de
comportement, ou qu'il se livrera à la criminalité adulte ou à la toxicomanie.
Une étude a trouvé que les garçons dont l'hyperactivité se prolongeait jusqu'à
l'adolescence étaient quatre fois plus susceptibles que les garçons non
hyperactifs de développer des comportements antisociaux. Ils présentaient en
outre un risque nettement plus élevé de se faire arrêter pour des infractions,
ainsi que d'avoir des problèmes comme des bagarres, vol, école buissonnière et
expulsion de l'école.
Il a été
déterminé que les personnes diagnostiquées avec des troubles déficitaires de
l'attention avec hyperactivité risquent de présenter toute une série de
comportements antisociaux et de conditions anormales, y compris délinquance,
criminalité, manque d'estime de soi, morbidité psychiatrique, chômage,
dysfonctionnement familial et suicide.
Certaines
études soutiennent un lien entre l'intelligence et le comportement délictueux.
Une forte corrélation existe entre la délinquance et le QI, indépendamment de
l'origine ethnique et la classe sociale. Un QI bas entrave la performance à
l'école, ce qui à son tour aboutit au comportement antisocial. Une faible
intelligence non-verbale est étroitement liée à une faible intelligence verbale
et aux mauvaises notes à l'école, des facteurs qui font prédire la délinquance.
Des enquêtes longitudinales ont constamment démontré une corrélation entre
l'échec scolaire et la conduite délictueuse et criminelle.
Il a
été établi qu'un QI élevé puisse agir en tant que mécanisme protecteur contre
la conduite criminelle pour des enfants à risque.
Ces
dernières années, les études du lien entre la biologie et la criminalité se
sont plus concentrées sur des dysfonctions cérébrales et neurologiques et leurs
effets sur le comportement. Certaines recherches ont trouvé des
électro-encephalogrammes (EEG) anormaux chez les criminels et les délinquants
et y voient un lien avec des comportements violents et agressifs, des tendances
destructrices, l'impulsivité et un manque de maîtrise de soi et une faible
adaptation sociale. Un taux d'épilepsie plus élevé a été détecté chez des
jeunes délinquants, dont les crises peuvent aboutir à une perte de maîtrise de soi.
D'autres
recherches biologiques ont lié des mauvais fonctionnements du cerveau à des troubles
d'apprentissage comme l'aphasie, l'hyperactivité et
la dyslexie, qui, selon certains chercheurs, prédisposent chaque individu à la
conduite délictueuse. Une corrélation a également été démontrée entre les
tumeurs du cerveau, la conduite criminelle violente et les carences de
vitamines.
Aujourd'hui,
de nombreux spécialistes du comportement humain soutiennent une approche
pluridisciplinaire dans l'étude des comportements antisociaux. Les recherches
génétiques se font donc conjointement à des études sur l'environnement et
d'autres disciplines comme les neurosciences, l'endocrinologie et la
psychologie, afin d'explorer la délinquance et la criminalité.
LES THÉORIES
SOCIOLOGIQUES
Les théories sociologiques et culturelles ont
tendance à se concentrer sur le lien entre la délinquance, la criminalité et la
structure sociale, la culture, l'environnement, ainsi que des facteurs divers
qui vont au-delà de l'individu. Ce courant de pensée considère souvent la
conduite antisociale comme un comportement normal dans le contexte des
influences socioculturelles qui influencent le délinquant.
Le lien social qui rattache les jeunes à
l'ordre social consiste de quatre éléments clé: (1) l'attachement (liens à des
autres comme la famille et les pairs), (2) engagement (dévouement au
conformisme social), (3) la participation
(à des activités légitimes), et (4) les convictions (les attitudes envers le
conformisme social). Les jeunes délinquants sont considérés comme privés de
liens proches, de buts et de standards moraux qui rattachent la plupart des
gens aux valeurs et aux normes de la société; par conséquent, ils sont libres
de commettre des actes criminels et délictueux.
Les
théories de tension expliquent la conduite délictueuse comme une réponse au
manque d'activités approuvées par la société.
La
détresse se manifeste lorsque les individus ne se sentent pas récompensés pour
leurs efforts, par rapport aux efforts et aux récompenses des leurs semblables
pour des résultats comparables. Les émotions négatives associées aux relations
négatives peuvent être affrontées de
façon plus efficace par la participation à des activités délictueuses plutôt
qu'à des activités non- délictueuses".
Certains
experts en ont tiré la conclusion que la délinquance est "plus répandue
parmi ceux qui éprouvent de la tension au sein de la famille, à l'école et dans
la communauté [et] plus répandue parmi certaines catégories de jeunes mal
traités par leurs semblables;" et en outre que la probabilité de tension
aboutissant à la conduite délictueuse était plus forte parmi les adolescents
plus âgés.
Les
théories de transmission culturelle expliquent la délinquance en tant qu'un
comportement acquis, et donc une réflexion des normes, des valeurs, des
convictions et des comportements qu'apprennent les gens par l'interaction avec
ceux qui les entourent. Les partisans de la transmission culturelle sont
convaincus que le crime et la délinquance sont provoqués avant tout par
"le conformisme aux normes comportementales d'une culture ou sous-culture
contraire aux normes et aux valeurs conventionnelles et au comportement
respectueux de la loi". Selon les théories de transmission culturelle, les
normes délinquantes traversent plusieurs générations, dans le processus de
socialisation ainsi que dans les techniques utilisées pour perpétuer la
commission d'actes criminels ou délictueux.
Un lien étroit a été établi entre la
masculinité, la violence et l'agression parmi les jeunes. Les chercheurs ont
trouvé qu'un taux plus élevé de comportement violent et autodestructeur existe
parmi les jeunes hommes socialement marginalisés ou défavorisés.
La violence est
considérée par ces groupes comme un moyen de prouver sa masculinité afin
d'atteindre un certain statut social et de gagner du pouvoir. Selon les études
sur les jeunes défavorisés et la masculinité, les programmes pour prévenir la
violence ne peuvent marcher que s'ils sont "culturellement pertinents dans
tous les sens du terme 'culture'".
Il a été prouvé
que la corrélation est forte entre l'abus, le manque de soins, l'abandon
d'enfants et la délinquance grave ou la criminalité violente parmi les jeunes.
Lors d'une analyse de l'impact de mauvais traitements pendant l'enfance sur la
conduite antisociale ultérieure chez les jeunes, y compris la prise de
stupéfiants, il a été attesté que des mauvais traitements constants pendant
l'enfance et l'adolescence était fortement liés à la délinquance de manière
cohérente. Une étude sur les jeunes délinquants a révélé que plus de 80% des
délinquants avaient été victimes de mauvais traitements; 43% se souvenaient
d'avoir été assommés par un parent, lorsqu'une autre étude sur des jeunes
criminels a trouvé que presque la moitié avaient été victimes de mauvais
traitements, livrés à eux-mêmes ou abandonnés au moins une fois dans leur vie.
La
violence et la criminalité chez les mineurs et les jeunes gens sont souvent
considérées comme une réflexion d'un cycle de criminalité et de violence au
sein de la famille, qui ensuite s'étend au-delà de la famille. Les chercheurs
ont déterminé que certains parents de jeunes délinquants sont émotionnellement
troublés et qu'ils font eux-mêmes preuve de conduite déviante.
Dans une étude
rétrospective sur le cycle de violence, il a été déterminé que les enfants
victimes de maltraitance physique avant l'âge de onze ans étaient nettement
plus susceptibles de devenir délinquants violents au fil des quinze prochaines
années de leur vie. Une autre étude a suggéré qu'il existe un cycle de malheur
et de déviance familiale sur plusieurs générations.
ASSOCIATION INTERNATIONALE
DES
MAGISTRATS DE LA JEUNESSE ET
DE LA FAMILLE
_____________________________________________________________
LE XVII CONGRÈS DE L'ASSOCIATION
INTERNATIONALE AURA LIEU À
BELFAST
IRLANDE DU NORD
du
27 août au 2 septembre 2006
À LA POURSUITE DE LA JUSTICE
: OU EN SOMMES-NOUS ?
LA MISE EN OEUVRE DES
CONVENTIONS INTERNATIONAUX
Traduction
simultanée
pendant toutes
les sessions plénieres
anglais,
français, espagnol
LES
MISES À JOUR SERONT PUBLIÉES SUR INTERNET DÈS QU'ELLES SERONT DISPONIBLES
CONSULTEZ RÉGULIÈREMENT LE
SITE www.judgesandmagistrates.org
LE XVII
CONGRÈS DE L'AIMJF
À LA POURSUITE DE LA JUSTICE : OU EN SOMMES-NOUS ?
La justice se réalise le mieux par la
mise en ouvre des instruments internationaux divers concernant les droits de
l'enfant. Le thème met l'accent sur les droits de l'enfant et considère le
progrès fait en ce qui concerne l'application pratique des théories. Il
souligne le rôle primordial de la profession judiciaire, non seulement pour
garantir la justice, mais aussi pour faire progresser les droits de l'enfant.
Le thème servira à examiner dans quelle mesure les droits des enfants sont
protégés et/ou promus par les instruments internationaux.
L'AIMJF réunit des membres de plus de 80 pays et de tous les continents. Ces
instruments sont les seuls instruments juridiques qu'ils ont tous en commun. Le
Congrès fournira un forum unique pour permettre aux membres d'échanger des
points de vue sur la pertinence de la CDE et d'autres instruments
internationaux pour leur travail. Les discussions stimuleront des réflexions
individuelles et fournir une motivation intéressante pour l'application de ces
instruments. Le Congrès est une occasion pour l'AIMJF de faire une contribution
importante à la globalisation des perspectives à l'égard des droits de
l'enfant.
Les conférenciers seront invités à réfléchir de manière critique sur la façon
dont les droits des enfants sont vus, mis en oeuvre et suivis dans leurs pays
respectifs, ainsi que dans quelle mesure la pratique nationale s'efforce
d'atteindre les exigences des normes internationales, ou ne parvient pas à les
atteindre. On fera ressortir les conséquences de la non-application, même de la
violation, de ces normes.
Il est probable
que la mise en pratique des droits s'effectuera différemment selon la tradition
juridique de chaque pays, ses ressources sociales et économiques, voire son
manque de ressources, sa culture et ses traditions, etc. Les conférenciers
seront invités à réfléchir sur les questions sous-jacentes de politique,
particulièrement le besoin d'assister économiquement les pays en voie de
développement. Ils prendront en considération les aspects légaux des droits et
exploreront les valeurs et le concept d'enfants vis-à-vis de la justice qui est
à la base des droits énumérés dans les instruments.
Les sessions linguistiques et les ateliers seront repartis selon les catégories
de droits et/ou les catégories d'interventions ou procédés où ces droits sont
applicables. Les sessions commenceront avec des présentations brèves par des
représentants de pays/continents différents, qui pourraient être considérés
comme des représentations des tendances principales, dans l'intention de
stimuler les réflexions et les discussions souhaitables.
Afin de prendre en compte les distinctions nécessaires entre les enfants en
conflit avec la loi et les enfants qui ont besoin de soins et de protection,
les délégués seront invités à examiner les différents droits et à réfléchir sur
leur application (semblable ou différente) dans des situations distinctes.
Les droits ont tendance à évoluer au fil du temps, parallèlement aux
changements de valeurs et de conceptions. Les participants auront l'occasion de
prendre en considération la pertinence des instruments, ainsi que tout éventuel
besoin d'en mettre à jour certains, voire tous.
La traduction
simultanée sera disponible dans chacune de nos trois langues officielles -
anglais, français et espagnol - pour toutes les sessions plénières.
|
|
Les
articles pour la Chronique sont à envoyer directement à Dr
Willie McCarney, Rédacteur en Chef, "St.Martin",
175, Andersonstown Rd., Belfast. BT11 9EA N Ireland Tél:
+44 28 9061 5164 - Fax: +44 28 9061 8374 E-Mail:
w.mccarney@btconnect.com Les
articles doivent être dactylographiés, si
possible dans nos trois langues officielles (anglais, français, espagnol). Autrement,
des articles peuvent être envoyés à
tout membre du Comité de Rédaction dont
les coordonnées figurent ci-dessous. Merci
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M. Oscar D'AMOURS Juge Coordonnateur, Cour du Québec 410, Rue de Bellechasse Est Bureau 430 H2S 1X3 Montreal Canada E-mail: Jacob J. van der Goes Molenstraat 15, 4851 SG Ulvenhout, Pays-Bas. Tel/Fax: 31 76 5612640 E-mail: j.vandergoes@tip.nl |
Mónica Vazquez Larsson, Av. Coronel Diaz 2333 piso 13 "A" (1425) Buenos Aires Argentine Tel: (54 -11-) 48001160 Fax: (54 -11-)
48001161 E-mail: larsson@satlink.com Dra Gabriela URETA Juez 7° Juzgado Menores Talavera de la Reina, calle 17, n° 656, Las Condes 6780453 Santiago Chili E-mail: gureta@vtr.net |
Prof. Jean Trepanier, École de criminologie, Université de Montréal, C.P. 6128, Succursale Centre-Ville, Montréal, Québec, H3C 3P8, Canada. Tel: 1 514 346 61 11 E-mail: trepanje@ERE.UMontreal.CA Dr Atilio J. ALVAREZ Defensor de Menores Santos Dumont 2380 1426 Buenos Aires Argentine E-mail: |
|
[1] www.aic.gov.au/campbellcj/
(*) Ricardo Angel Basilico. Docteur
en Sciences Pénales. Professeur de Droit Pénal à l'Université Nationale de la
Patagonie. Juge d'Instruction.
[2] Cillero Bruñol, Miguel. "El
Interés Superior del Niño en el Marco de la Convención Internacional sobre los
Derechos del Niño", partie intégrante de l'oeuvre "Infancia, Ley y
democracia en América Latina". Editorial Temis-Depalma. Argentina. 1998.
[3] Cillero Bruñol, ob. cit. pag. 78.
[4] Saenz Zumbado, Luis "Derecho a
la Información y la Cobertura de los Procesos Judiciales" publié dans la
Revista de Ciencias Penales de Costa Rica, pag. 74, Año 11 no. 16. San José de
Costa Rica. 1999.
[5] Ekmekdjian, Miguel Angel. "El Derecho a la Intimidad. La
Convención sobre los Derechos del Niño, El orden jerárquico de los Derechos y
la Libertad de Prensa". La Ley. T. 1997. D. Pag. 100.
[6] Du dictamen du Dr. Alejandro Molina, Spécialiste de Mineurs auprès du Tribunal de la Capitale Fédérale, Rev. L.L. T. 1997-D. Pag. 102, citant un jugement de la Cour Suprême de Justice de la Nation dans l'affaire "Ponzetti de Balbín s/ Editorial Atlántida" (L.L. 1985-B-pag. 120).
[7] Superti, Hector.C. "Derecho Procesal Penal", pag. 147. Editorial Juris. 1998. Argentina.